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SEXTIES - Crepax/Cuvelier/Forest/Peellaert

Dans le cadre prestigieux du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, l’exposition mettra en vedette le travail de quatre auteurs qui, par leurs audaces graphiques et narratives, ont marqué l’évolution de la bande dessinée en lui faisant quitter le domaine enfantin.

Au cœur des années ’60, ces quatre artistes s’inspirent de la peinture (entre autre le « Pop Art »), du dessin animé (« Yellow Submarine », etc.), du cinéma, de la musique (rock, mais aussi « yéyé » français), de la littérature et de la photographie. Il s’agira donc de dresser, via le regard de ces quatre artistes majeurs, le portrait d’une époque faite de mutations rapides.

L’Italien Guido Crepax (1933-2003) crée « Valentina » (dont le physique est inspiré de Louise Brooks) en 1965 dans la revue « Linus ». Éric Losfeld, éditeur d’avant-garde, publie l’album en 1968. Crepax s’affirme dès le départ comme le maître incontesté de l’érotisme cérébral. La décennie suivante, ce graphiste de haut vol adaptera, dans un noir et blanc inimitable, les grand classiques de l’érotisme : « Histoire d’O », « Emmanuelle » ou « Justine ». Il introduit dans ses mises en page un système narratif révolutionnaire constitué de mise en abîme et de flash-back.

Le Belge Paul Cuvelier (1923-1978) est un artiste majeur de la bande dessinée belge de l’après-guerre. Son « Corentin » laisse poindre, par moments, une sensualité qui devait s’exprimer dans un ouvrage plus adulte. Jean Van Hamme, alors scénariste débutant, lui concocte « Epoxy » (1968). Dans ce conte mythologique, Cuvelier exprime enfin pleinement sa passion pour le dessin du corps humain, surtout féminin. Le dessin reste en effet le centre de gravité de la bande dessinée selon Cuvelier.
Le Français Jean-Claude Forest (1930-1988) provoque une onde de choc en créant, en 1962, « Barbarella » dans « V magazine ». Avec un physique inspiré de celui de Brigitte Bardot, elle incarne la femme moderne à l’ère de la libération sexuelle. L’album qui parut en 1964 fit scandale et consacra « Barbarella » comme première bande dessinée « adulte ». Le trait sensuel et l'imagination de Forest ont assuré son succès, relayé en 1968, par le film de Roger Vadim (avec Jane Fonda dans le rôle principal), dont Forest concevra les décors. Comme auteur complet, mais aussi comme scénariste (« Les naufragés du temps » avec Gillon ou « Ici même » avec Tardi), Forest fut un des fondateurs de la bande dessinée adulte.
Le Belge Guy Peellaert (né en 1934) connaît une brève, mais légendaire, carrière dans la bande dessinée. Son style, en phase avec l’époque, fait entrer le « Pop Art » dans les cases. Initialement parue dans « Hara-Kiri », « Les aventures de Jodelle » (dont le physique est inspiré par Sylvie Vartan) paraissent en album en 1966. Deux ans plus tard, Peellaert lance sur les routes une nouvelle héroïne tout aussi psychédélique : « Pravda, la survireuse » (Françoise Hardy est prise cette fois prise comme modèle). Il se consacre ensuite à la peinture, domaine qui l’amène à concevoir des affiches de films (« Taxi Driver »/Martin Scorsese, « Paris, Texas »/Wim Wenders…), des pochettes de disques (« It's Only Rock and Roll »/The Rolling Stones, « Diamond Dogs »/David Bowie) ou des livres (« Rock Dreams » et « The Big Room ») devenus cultes.

Catalogue : Sexties, FR/NL/EN, BGE, 20¤ au www.bozarshop.com


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