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Valentin Parnakh, le danseur excentrique

Valentin Parnakh (1891-1951) était beaucoup de choses à la fois : révolutionnaire, danseur excentrique, musicien, traducteur d’écrivains espagnols comme Frederico Garcia Lorca et père du jazz soviétique.

Sur les planches de BOZAR, Polina Akhmetzyanova se sert de l’œuvre et de la vie de Valentin Parnakh comme point de départ pour une exploration artistique.

Au début du XXe, Valentin Parnakh a beaucoup voyagé entre Saint-Pétersbourg et Paris, l’Italie ou encore le Moyen-Orient. « Il aurait pu être un espion », plaisante Polina Akhmetzyanova, danseuse née en 1987 en URSS et ancienne élève d’Anne Teresa De Keersmaeker (P.A.R.T.S.) installée aujourd’hui à Bruxelles. À Paris, Valentin Parnakh a rencontré des artistes de renom tels que Guillaume Apollinaire, Tristan Tzara et Pablo Picasso. Il est rentré au pays avec de nouvelles partitions de jazz, des saxophones, tambours et autres sourdines pour trompette, après s’être aussi imprégné de la culture locale. Résultat : il s’est imposé comme une référence parmi les artistes de l’avant-garde russe, et notamment auprès du metteur en scène Vsevolod Meyerhold.

En 1922, Valentin Parnakh a créé le Valentin Parnakh’s Jazz Band, le premier orchestre excentrique de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, et a donné son premier concert à l’Académie russe des arts du théâtre, à Moscou. La même année, il a également fait sensation avec sa « danse allongée » car personne n’avait jamais vu des mouvements de danse aussi étranges. Malheureusement, nous n’avons que notre imagination pour nous représenter cette fameuse danse, puisque l’unique enregistrement filmique de cette performance a disparu des archives de Moscou. 

Le samedi 25 novembre 2017, Polina Akhmetzyanova donnera une performance au Palais des Beaux-Arts, dans le cadre de laquelle elle ne se concentrera pas tant sur la vie et l’œuvre de Valentin Parnakh en tant que telles, mais plutôt sur la politique mémorielle, se basant sur l’exemple de Parnakh ainsi que sur celui de Vladimir Lénine. Dans ce spectacle baptisé The Incorruptible, l’omniprésence absurde de l’un est comparée à la disparition totale de l’autre, d’une façon qui place les deux en victimes du même régime. « Les récits de leurs corps s’entremêlent sur fond de mouvements ordinaires, l’un étant allongé pendant des décennies au centre de la Place Rouge et l’autre surprenant soudainement le public par des mouvements sur le dos. »

© Polina Akhmetzyanova
© Polina Akhmetzyanova

La supposition ironique que l’un appartient à l’autre, en un sens, est illustrée ici sous la forme d’une lecture-performance. Des fragments d’information d’un côté créent un personnage presque momifié de l’autre. L’ensemble est raconté avec des voix qui font penser à des politiciens et gangsters russes, des années 90 à aujourd’hui. Après tout, ce n’est pas l’homme nouveau dont rêvaient les avant-gardistes et Parnakh qui résiste généralement aux grands bouleversements, mais les monstres corrompus qui marmonnent entre leurs dents

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