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AFROPOLITAN CONTEMPORARY ART

Kendell Geers, né en Afrique du Sud, habite et travaille à présent à Bruxelles. A la biennale de Venise de 1993, il fixe officiellement sa date de naissance en mai 1968, année mouvementée dans l’histoire du monde pour la libération et l’égalité des hommes. L’œuvre de Geers bouleverse les codes et principes moraux communément acceptés. Partant d’une large palette de références – du domaine de l’histoire de l’art, de la pornographie, de l’iconographie et du kitsch – Geers interroge la valeur artistique et tourne en dérision la notion d’originalité. Son travail exprime un humour acéré qui joue sur la répulsion du spectateur et ridiculise les stéréotypes raciaux et religieux. Chargé de messages politiques profonds et complexes, son travail est provocateur et interpellant. L’esthétique minimaliste de Geers renferme à la fois un subtil fond poétique. Son usage de la langue, de ready-mades, de néon, de verre, d’icônes, de films, de ruban de signalisation et d’autres objets, frappe le spectateur de plein fouet. Souvent ces éléments  heurtent la vue et déclenchent un certain questionnement de la part du spectateur. Kendell Geers a exposé abondamment de par le monde. Un importante rétrospective de son travail ‘Kendell Geers 1988-2012’ s’est tenue récemment à la Haus der Kunst à Munich en Allemagne (2013).

L’écrivain nigérian Chinua Achebe aime à citer le proverbe Igbo « Anaghi a no n'otu ebe e kili mmonwu » (On ne peut pas rester à un seul endroit pour regarder une mascarade) comme métaphore pour comprendre l’art africain. Il explique « Je crois en la complexité de l’histoire humaine et qu’il est impossible de raconter cette histoire d’une seule façon et de dire ‘Voilà, c’est comme ça !’. Il y aura toujours quelqu’un qui pourra la raconter autrement selon l’endroit où il se trouve ; la même personne racontant l’histoire en donnera une version différente. Je pense à cette mascarade pendant les festivals Igbo qui parcourt en dansant ce grand espace. Les igbo disent : si vous voulez bien la voir, vous ne devez pas rester à un seul endroit. La mascarade se déplace dans ce grand théâtre. En dansant. Si vous restez figés sur place, vous ratez une bonne partie du spectacle. Alors vous continuez à bouger, et je pense que c’est ainsi que les histoires du monde devraient être racontées –  depuis maints angles différents ». L’art africain est une tradition vivante qui ne peut être distraite de son contexte et demeure une force vitale de l’esprit. C’est une philosophie qui ne peut séparer le masque du masqué, ne peut enlever le danseur de la danse qui ne peut être arrêtée jusqu’à ce que le rite soit accompli. La mascarade ne peut se comprendre en dehors de la communauté et de sa foi dont elle se nourrit. La même chose vaut pour toute œuvre d’art, mais la familiarité et l’habitude des conventions d’Europe occidentale sont souvent ignorées et mal interprétées comme étant universelles. L’histoire de l’art africain est intimement liée à son contexte et ses histoires contradictoires, les intrications de ses politiques, identités, communautés, luttes et culture en général. L’AK47 fait tout autant partie de l’identité africaine que le masque, les wax et le portable. Cependant, tous ces éléments hétéroclites sont rarement compris comme indissolublement interconnectés.

Artistes invités:
Leonard Pongo, Bruxelles
Steven Cohen, Lille
Bianca Bondi, Paris
Larry Achiampong, Londres
Barthélémy Toguo, Paris

Leonard Pongo

Léonard Pongo est titulaire d’un BA en Sciences sociales de l’Université de Maastricht. Pendat et après sa formation en photographie documentaire, Pongo a travaillé en Europe de l’Est, dans les Balkans. Il s’intéresse actuellement à l’Asie du Sud-est et à la RD du Congo. Son projet de longue haleine “The Uncanny” commencé en RD du Congo DR en 2011 lui a valu de remporter plusieurs prix et de gagner une reconnaissance internationale. Ses œuvres ont fait l’objet d’articles dans le quotidien The Guardian, d’émissions sur CNN et de plusieurs publications en ligne, et lui ont permis de décrocher la bourse d’études Vocatio en 2016. Pongo est également coorganisateur du festival Obscura festival depuis 2015.

Steven Cohen

Steven Cohen est un performer qui se produit dans l’espace public, dans des galeries et dans des théâtres. Son travail artistique attire l’attention sur tout ce qui évolue en marge de la société, partant de sa propre identité de Sud-Africain blanc juif homosexuel.

Larry Achiampong

Larry Achiampong (né en 1984, G-B) a obtenu un BA en Arts Multimédias à l’Université de Westminster (2005) et un MA en Sculpture à la Slade School of Fine Art (2008). Il vit et travaille à Londres. Ses projets solo et de groupe manient l’imagerie, les archives sonores et visuelles, la performance et le son pour explorer des idées sur les concepts de classe, de culture croisée et d’identité post-numérique, en particulier les dichotomies dans un monde dominé par les réseaux sociaux et les cadres numériques. Sur toile de fond du partage d’information via Internet, l’idée d’une version ‘taille unique’ de l’Histoire qui a longtemps dominé est de plus en plus mise à mal. C’est au cœur du phénomène que réside l’intérêt croissant d’Achiampong pour les nouvelles vérités, les nouvelles lectures de l’Histoire, pour les possibilités multiples de l’univers numérique et ses effets sur le ‘IRL’ ou ‘In Real Live’. Achiampong puise dans les sous-sols de l’Histoire, entrecroisant les qualités sonores et visuelles de la mémoire personnelle et de la mémoire collective, une matière vivante dont les multiples combinaisons révèlent les contradictions socio-politiques de la société contemporaine.
Achiampong a exposé, performé et présenté divers projets en Grande-Bretagne et à l’étranger, notamment à la Tate Britain/Modern, Londres, au Hauptbahnhof (dOCUMENTA 13), Kassel au British Film Institute, Londres, au Modern Art Oxford, Oxford, au New Art Exchange, Nottingham; au SAVVY Contemporary, Berlin; à la Bokoor African Popular Music Archives Foundation, Accra et à la Mistake Room, Los Angeles. Il a récemment présenté son premier spectacle solo international pendant OPEN SEASON au Logan Center Exhibitions (Chicago). Achiampong est actuellement artiste en résidence aux Somerset House Studios (Londres). Il présentera ses œuvres au Pavillon Diaspora de la 57e Biennale de Venise.

Bianca Bondi

Basée sur une approche multidisciplinaire privilégiant l’intervention in situ, la pratique de Bianca Bondi est davantage un processus qu’un aboutissement et combine la méthode et l’expérimentation avec les matériaux. Faisant appel à de multiples matières comme le cuivre, la résine, la cire d’abeille, le sel, le latex et les solutions chimiques, l’artiste choisit des matières pour leur potentiel de transformation et en tire des formes étranges et entièrement nouvelles. Son travail artistique s’assimile à une pratique rituelle, une sorte d’alchimie instinctive qui recherche la mutation jusqu’à la dissolution poétique. Elle place ses combinaisons organiques dans diverses situations actuelles, abordant des thèmes spirituels, psychologiques et sociaux tout en faisant la part belle à l’intangible.

Barthélémy Toguo

Barthélémy Toguo est né en 1967 au Cameroun. Il vit et travaille entre Bandjoun et Paris.
 Il a étudié à l’Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts, Abidjan, à l’Ecole Supérieure d'Arts de Grenoble et à la Kunstakademie de Düsseldorf. Il est Chevalier des Arts et des Lettres de la république française. Artiste pluridisciplinaire, il expose dans le monde entier. En 2008, il crée Bandjoun Station, un lieu de résidence et d'échanges artistiques situé sur les hauts plateaux à l'ouest du Cameroun.


 

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