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Le système politique de la république libanaise est particulièrement complexe en comparaison à celui d’autres pays. Les différentes communautés religieuses y occupent une place importante dans les institutions politiques. Au moins dix-huit obédiences officiellement reconnues exercent non seulement un pouvoir indirect, mais donnent forme à l’Etat. Leur pouvoir est ancré dans la Constitution. Les mandats politiques comme les postes de fonctionnaires sont distribués parmi ces communautés. Cet exercice d’équilibrisme politique a autant de détracteurs que de partisans. Le système favorise d’une part une forme extrême de communautarisme qui sacrifie souvent le bien général aux intérêts particuliers. Il garantit pourtant selon certains la paix civile, et toute distorsion de cet équilibre précaire pourrait avoir des conséquences dramatiques, jusqu’à la guerre civile comme celle de 1975-1990. 
La situation libanaise est particulièrement mise à l’épreuve par l’afflux important de réfugiés des pays voisins. Quelque 500.000 Palestiniens et un million de Syriens vivent actuellement au Liban.

Dyab Abou Jahjah, Jorn De Cock et Fawwaz Traboulsi, trois penseurs de premier plan, débattent des avantages et des inconvénients du modèle politique libanais. Le débat sera modéré par Samira Bendadi.

Dyab Abou Jahjah, né au Liban en 1971, est écrivain, chroniqueur et militant politique. Il a étudié les sciences politiques à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve. Il a fondé en 2000 la Ligue arabe européenne (AEL). Il a notamment écrit Tussen twee werelden (Entre deux mondes) (Manteau 2003), Dagboek Beirout Brussel (Journal Beyrouth Bruxelles (Manteau 2007), De Stad is van ons (La ville est à nous) (Pelckmans 2014), et le très contesté Pleidooi voor radicalisering (Plaidoyer pour la radicalisation) (De Bezige Bij 2016). Il tenait une colonne hebdomadaire dans le quotidien flamand De Standaard et est président de l’association des droits des citoyens Movement X.

Jorn De Cock (1971) est correspondant indépendant au Moyen-Orient et publie ses articles dans De Standaard, de Volkskrant, Trouw et Der Tagesspiegel. Il vit à Beyrouth depuis 2011, après avoir été contraint de quitter Damas. Outre ses reportages, il a écrit deux livres sur le monde arabe : Arabische Dageraad (Aube arabe) (Manteau, 2010) et Arabische Lente (Printemps arabe), un voyage entre révolution et fatwa (De Bezige Bij, 2011). Il écrit actuellement un livre sur le Liban et le Levant pendant la Première Guerre mondiale.

Fawwaz Traboulsi est professeur d’Histoire et de Politique à l’Université Américaine Libanaise à Beyrouth. Il a écrit de nombreux essais sur l’Histoire, la politique, les mouvements sociaux et la culture populaire du monde arabe. On lui doit nombre de publications, dont A History of Modern Lebanon (2007) et diverses traductions en arabe d’ouvrages d’Edward Said, Karl Marx, John Reed, Antonio Gramsci, Isaac Deutscher, John Berger, Etel Adnan, Saidi Yusuf...