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par Morad Montazami, historien de l’art et curator pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la Tate Modern. Rédacteur en chef de la revue Zamân (zaman-paper.com) et directeur des éditions Zamân Books.

Dans la conception moderniste occidentale, du constructivisme en passant par l’art cinétique ou le minimalisme, les formes géométriques certes jouissent d’une grande diversité d’usage et de manifestation visuelle. En revanche elles restent souvent encadrées par des enjeux formalistes, structurels, qui tendent à assurer l’œuvre d’art de son autonomie, sa réflexivité et en définitive sa propension à se « couper du monde » via le white cube. Sur les scènes artistiques des pays arabes, de l’Iran et de la méditerranée, le rapport au géométrique relève souvent d’héritages culturels profondément ancrés dans l’architecture islamique, dans l’art calligraphique, la confection des tapis et autres viviers ornementaux injustement qualifiés de « décoratifs » ou « artisanaux » – par des artistes qui en parallèle ont pleinement expérimenté et digéré les préceptes du modernisme occidental. Or ceux que nous étudierons (Mohamed Melehi, SalouaRaouda Choucair, Faouzi Laatiris, Huda Lutfi, Walid Siti, Mehdi Moutashar, Zoulikha Bouabdellah…) nous aident à déconstruire ces catégories orientalistes et coloniales au profit de véritables poétiques de l’espace ; voire de la politisation des formes géométriques, à priori, et seulement à priori, « abstraites ».