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par Sara Martinetti, historienne de l’art et commissaire d’exposition, doctorante à l’École des hautes études en sciences sociales et chargée d’études à l’Institut national d’histoire de l’art (Paris)

Des documents, des tapuscrits, des photocopies, des listes, des cartes postales, des index, des classeurs, des livres d’artistes, des catalogues, etc. constituent la papeterie des artistes conceptuels qui ont développé leur travail à partir de la seconde moitié des années 1960, aux Etats-Unis, en Europe et dans le monde. Ces œuvres, qui ont fait du langage leur média privilégié, ont été dans l’historiographie qualifiées de « dématérialisées », un terme d’abords employé par les critiques d’art John Chandler et Lucy Lippard en 1968. C’est justement une certaine conception de l’écriture – théorique et linguistique – qui a permis de renverser rhétoriquement la place du concept, devenue prédominante dans l’œuvre, par rapport à celle de l’objet. A partir du repérage de ces débats et d’œuvres de Mel Bochner, Hanne Darboven, Jan Dibbets, Joseph Kosuth, David Lamelas et Adrian Piper, cette conférence présentera les supports et les pratiques d’écriture des artistes conceptuels. Ces gestes, courants dans les années 1960-1970, ont été introduits de manière inédite dans l’art. Montrer la matérialité, la visualité et la méthode particulière de ces œuvres, permet de faire ressortir un enjeu fondamental pour les artistes de l’époque : la mobilité des idées au-delà des murs de la galerie.