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Introduction par Joël Chapron (spécialiste du cinéma russe)

 

Veniamin, jeune lycéen russe en pleine crise mystique, cite à tout bout de champ la Bible pour dénoncer tout ce qui lui semble désormais répréhensible, par exemple le port de tenues indécentes à la piscine ou la théorie darwinienne de l’évolution enseignée au cours de biologie. La direction de l’école consent à contrecœur à faire des concessions et sa prof de bio est bien le seul membre du corps enseignant à oser la confrontation avec son jeune fanatique religieux d’élève. Avec « Le disciple », le réalisateur russe Kirill Serebrennikov nous livre un magistral récit sur le fondamentalisme religieux.
Kirill Serebrennikov (1969) est d’abord un metteur en scène de théâtre. Entre deux pièces, il travaille pour la télévision et réalise des films.
Il y a quelques années, il a monté la pièce allemande « Märtyrer », de Marius von Mayenburg, avant d’en faire ce film, qu’il resitue clairement dans le contexte russe. Son film dénonce ainsi clairement l’influence croissante de l’église orthodoxe russe dans le pays de Poutine. Il faut dire que la Bible regorge elle aussi de textes qui peuvent conduire une jeunesse désorientée à des actes extrêmes. Et pour montrer que Veniamin n’invente rien, Serebrennikov prend bien soin d’afficher en surimpression sur l’image les références exactes des citations utilisées par le lycéen. Les longs plans-séquences utilisés par le réalisateur donnent aux acteurs la chance d’imprimer un rythme magistral aux dialogues éblouissants.