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Le musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, a été fondé par Catherine II, qui avait acquis des œuvres et des collections entières sur le marché européen. Elle a créé cette galerie impériale russe entre 1764 et 1782 à partir de presque rien. Pendant cette période, elle n’a elle-même jamais quitté la Russie. Ce sont donc principalement des agents éduqués et enthousiastes basés en Europe qui ont permis la formation de sa galerie de tableaux.
Bien que Catherine II ait plus tard fait appel à des conseillers étrangers, ce sont des voyageurs et diplomates russes qui ont été à la base de l’Ermitage et des premières étapes de son développement. L’un des plus importants d’entre eux était le prince Dimitri Galitzine qui, en 1798 à Bruxelles, a négocié l’achat de la collection du comte Charles de Cobenzl, ministre plénipotentiaire des dirigeants autrichiens des Pays-Bas méridionaux. Galitzine était le plus jeune et le dernier membre d’un groupe de l’élite russe qui a encouragé Catherine II à commander des œuvres et à créer une collection d’art digne de tout dirigeant européen, qui pourrait contribuer à l’éducation esthétique des nobles de la cour russe et servir de modèle aux nouvelles générations d’artistes du pays. Inspirés par ce qu’ils avaient vu en Europe, ils ont persuadé Catherine II de l’importance de l’art, non seulement pour le prestige du dirigeant et à des fins de propagande, mais aussi pour l’amélioration globale et l’éveil d’un pays. À ce jour, les peintures et dessins achetés à Charles de Cobenzl à Bruxelles font toujours partie des collections de la galerie de tableaux du musée de l’Ermitage et du musée des Beaux-Arts Pouchkine.
Dr Catherine Phillips est une historienne de l’art indépendante qui collabore sur des projets avec le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg depuis 1994. Elle coordonne actuellement un projet visant à publier les catalogues d’art européen très documentés du musée en anglais. Ses recherches se concentrent sur les pratiques de collecte d’œuvres d’art en Russie – et par des Russes en dehors de Russie – au XVIIIe siècle. Elle s’intéresse particulièrement au rôle clé de Bruxelles au XVIIIe siècle dans les relations internationales.