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Letters to Max (Eric Baudelaire, France, 2014, couleur, HD, 103’)

« Mon travail se situe sans aucun doute dans le registre du questionnement plutôt que de l’affirmation des possibles solutions. » (Éric Baudelaire)

Lorsqu’Éric Baudelaire envoie sa première lettre à Maxim Gvinjia, ancien Ministre des Affaires Étrangères de la République d’Abkhazie, il est certain qu’elle lui reviendra sans tarder avec la mention « destination inconnue ». Car l’Abkhazie n’existe pas, du moins aux yeux des Nations Unies et de la majorité des gouvernements mondiaux : elle s’est séparée de la Géorgie en 1992-1993, à l’issue d’une guerre civile, mais son statut reste dans les limbes,  empêtré dans un réseau d’intérêts géopolitiques, de tensions ethniques et de troubles politiques. Pourtant, la lettre est arrivée à bon port et marque le commencement d’un long échange qui a finalement donné naissance à la fabrication de « Letters to Max » : 74 lettres couvrant autant de jours, auxquelles Max a répondu en enregistrant ses commentaires sur cassette. Le film est devenu la chronique d’une amitié très forte, qui s’enchevêtre avec l’histoire particulière d’un « État apatride », à la fois réel et imaginaire, d’un espace entre réalités.

Comme dans ses œuvres précédentes, telles que The Anabasis… (2011) et The Ugly One (2013), toutes deux réalisées en collaboration avec Masao Adachi, réalisateur et ancien membre du mouvement de l’Armée rouge japonaise, le nouveau film de Baudelaire est ancré dans un processus d’échange et de découverte mutuelle, un processus qui mène à des destinations inconnues, suit en cours de route certaines traces renvoyant à des histoires contestées et soulève des questions non résolues.