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Comme dans Trees, son film précédent, Sophie Bruneau n’a besoin que d’un seul objet pour décrire tout un monde. Dans ce cas-ci, c’est au fil de fer barbelé qu’il incombe de raconter l’histoire de la colonisation de l’Amérique. Ce qui était au départ un outil bien utile pour délimiter les enclos à bétail mène au jalonnement en concessions, à la privatisation à grande échelle de la terre et, au bout du compte, à la clôture de la frontière mexicaine pour contrer les réfugiés économiques. Le mythe ancien du Far West et l’expression toujours populaire de « God’s own Country » sont poussés à l’absurde face à la forêt de signes de propriété privée et à la frénésie de clôture. Après tout, l’individualisation et l’industrialisation ont un prix. La terre a cessé depuis longtemps d’être un paysage et s’est transformée en simple territoire arable. Ces faits ne sont pas dépourvus d’un certain humour que Sophie Bruneau met calmement en relief dans Devil’s Rope. Avec enthousiasme et sans se priver de quelques virages surprenants, elle dépeint en vastes tableaux l’origine et la riche variété de ce simple fil de fer en ayant recours à de nombreuses références visuelles du genre cinématographique américain originel, le western.