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La restauration de cinq toiles de Théodore van Loon

À l’occasion de la première rétrospective consacrée à ce peintre baroque des Pays-Bas méridionaux, plusieurs de ses peintures ont été restaurées en profondeur. Elles ont aujourd’hui retrouvé leur éclat et leurs magnifiques couleurs originales. À découvrir cet automne à Bruxelles !

Théodore van Loon, La Sainte Trinité avec la Vierge, Saint-Jean-Baptiste et les anges: avant et après restauration © KIK/IRPA, Bruxelles
Théodore van Loon, La Sainte Trinité avec la Vierge, Saint-Jean-Baptiste et les anges: avant et après restauration © KIK/IRPA, Bruxelles

Théodore van Loon est l’un des premiers peintres des Pays-Bas méridionaux à se laisser influencer par l’art du Caravage. À l’instar de son contemporain Rubens, il s’inspire des maîtres italiens pour développer un style intense et original. Comptant parmi les artistes les plus importants et renommés de sa génération, il reçoit des commandes prestigieuses de la cour des archiducs Albert et Isabelle et des ordres religieux de Bruxelles et des alentours. L’œuvre de ce maître bruxellois est cependant progressivement tombée dans l’oubli et aujourd’hui, en dehors des milieux de l’histoire de l’art, peu de gens connaissent son nom. BOZAR et les Musées des Beaux-Arts de Belgique ont souhaité pallier ce manque de notoriété.  Cette toute première exposition consacrée à Van Loon, qui montre le remarquable talent du peintre, vise donc à faire (re-)découvrir ce peintre d’exception aux visiteurs.

Afin que le public puisse apprécier au mieux l’art de Van Loon, plusieurs peintures ont fait l’objet d’une restauration approfondie. Grâce à l’intermédiaire de la Fondation Roi Baudouin, le Fonds Baillet Latour a généreusement financé le traitement de cinq toiles de Van Loon, traitement confié à l’Institut royal du patrimoine artistique (IRPA). Ces tableaux comptent parmi les œuvres majeures du patrimoine artistique bruxellois : quatre toiles proviennent de l’église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage (endommagée par un incendie en 2000) tandis que la cinquième appartient couvent des Carmélites de Bruxelles. Quatre conservateurs-restaurateurs ont travaillé pendant environ deux ans à leur restauration.

Quatre restaurateurs de l’IRPA ont travaillé durant un an à la restauration de ces tableaux, avec l’aide d’une équipe multidisciplinaire composée de photographes, de spécialistes de l’imagerie et de chimistes. Comme les cinq œuvres datent de périodes différentes de la vie du peintre, elles sont idéales pour mieux définir le processus créatif de Van Loon. Grâce à différentes techniques, notamment la réflectographie infrarouge, la radiographie et la macro-XFR, ainsi qu’à l’analyse d’échantillons de peinture, les matériaux utilisés par le peintre et sa méthode de travail ont été mis en lumière. Le grand nombre de modifications apportées à la composition, tant au stade du dessin sous-jacent que de la peinture, est particulièrement frappant. Van Loon continuait ainsi à adapter et peaufiner sa composition, y compris durant la phase d’exécution sur toile.

À l’issue de la restauration, les tableaux surprennent par leurs couleurs variées et lumineuses. Le traitement appliqué aux toiles permettra en outre une conservation durable de ces remarquables peintures bruxelloises.

 

Théodoor van Loon, un caravagesque entre Rome et Bruxelles

Theodoor van Loon, Le Martyre de Saint-Lambert, 1617 © KIK-IRPA, Brussel
Theodoor van Loon, Le Martyre de Saint-Lambert, 1617 © KIK-IRPA, Brussel

Théodore van Loon (1581/82-1649) était un peintre des Pays-Bas méridionaux couronné de succès et essentiellement actif à Bruxelles. Il a passé beaucoup de temps à Rome et introduit au début du XVIIe siècle aux Pays-Bas méridionaux – à l’instar de Pierre Paul Rubens – le langage novateur des artistes italiens du moment: l’art de Caravage, de Barocci, des Carrache et de Dominiquin. Apprécié par l’élite de son temps, il travaille pour la cour des archiducs Albert et Isabelle. L’œuvre de Van Loon est de nature essentiellement religieuse, et comme Rubens, l’artiste sert les intérêts de la Contre-Réforme. C’est ainsi que Van Loon peint non seulement des retables pour les églises de Bruxelles et des alentours, mais aussi pour la Basilique Notre-Dame de Montaigu.

Le puissant style baroque de Van Loon impressionne encore aujourd’hui par ses personnages majestueux, quasi en ronde-bosse, modelés par un clair-obscur tranché. À la façon de Barocci et de Caravage, il met en scène des personnages grandeur nature, robustes, aux gestes larges et au visage plein ; à la façon des Bolonais, ses compositions sont souvent claires et ordonnées ; mais à la façon des peintres du Nord, il reste attaché au détail des textures et des ornements.

L’exposition rassemble une cinquantaine de tableaux, gravures et dessin représentatifs de l’art de Van Loon ainsi qu’une sélection d’œuvres de peintres qui l’ont influencé – Barocci, Caracci et plusieurs Caravagistes – ou qu’il a inspirés à son tour. Les œuvres proviennent de musées étrangers (Le Louvre, Les Offices à Florence, le musée de Bâle …) et belges (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, M-Museum de Louvain…)  ainsi que de plusieurs églises et collections particulières belges et étrangères.

Après Bruxelles, l’exposition sera présentée sous une forme réduite au Musée national d’histoire et d’art de Luxembourg.

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