© Belvedere Vienna
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Who’s That Girl?

Son portrait saisissant, peint par Gustav Klimt, ouvre l’exposition Beyond Klimt. New Horizons in Europe 1914-1938. Cette femme vous regarde droit dans les yeux sur l’affiche. Mais qui est la femme qui a servi de modèle à cet étonnant tableau ?

Cette femme, c’est Johanna Staude, qui a posé plusieurs fois pour Klimt. Elle a aussi été le modèle d’Egon Schiele, jeune collègue du peintre.

L’on ne sait pas grand-chose sur elle. Nous avons toutefois sa date de naissance : le 16 février 1883. À l’époque où elle a posé pour Klimt, elle vivait, selon les registres de l’état civil, dans le quatrième arrondissement de Vienne, au numéro 20 de la Viktorgrasse, avec sa mère. Sa profession est aussi renseignée : « enseignante en langues ».

© Johan De Smet
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Quelques années plus tard, elle déménage dans le sixième arrondissement. Elle mentionne alors « peintre » comme profession. C’est cette activité qui figure aussi sur son acte de décès, qui nous apprend aussi qu’elle est catholique et qu’elle est veuve. Nous ne connaissons pas le nom de son mari, ni la date de son mariage. Une photographie conservée au palais du Belvédère, à Vienne, fournit toutefois un indice : on peut lire, au dos de la photo « Johanna Staude-Wilicka ».

Ce portrait, inachevé, de Johanna Staude, a été peint en 1917/18. C’est l’un des derniers de Klimt. Vers la fin de sa carrière, le peintre se consacre de plus en plus aux portraits et aux paysages, délaissant clairement les thèmes allégoriques privilégiés jusqu’ici.

© Neue Galerie
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Ses superbes portraits de femmes, des femmes flamboyantes baignant dans une atmosphère onirique, sont aujourd’hui encore très populaires, même s’ils devaient apparaître comme anachroniques dans le contexte de la dure réalité des années de guerre. Aucune des toiles peintes par Klimt après 1914 n’évoque la guerre. Il peint la beauté, au milieu de cette époque tumultueuse et effroyable.

© Belvedere Vienna
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Le portrait de Johanna n’a pourtant pas pris une ride. C’est une femme tout à fait moderne, avec une coupe de cheveux à la mode. Une femme qui regarde le spectateur droit dans les yeux. L’écrivain Peter Altenberg, qui a connu à un moment Johanna, la décrit comme « un ange moderne ». Klimt convoque sa présence solaire avec des coups de pinceau plus dynamiques et l’application de peinture en couches plus généreuses, deux caractéristiques typiques de sa dernière période.

Johanna est vêtue d’une étoffe conçue pour attirer les regards par Martha Alber et fabriquée dans le célèbre Atelier viennois vers 1910. Ce corsage est également conservé dans la collection du Belvédère.

© Belvedere Vienna
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Lorsque Johanna demanda à Klimt pourquoi il n’avait pas achevé son portrait, et en particulier la bouche, le peintre lui a répondu : « Car tu es jamais revenue ! ».

Gustav Klimt a été emporté par une crise cardiaque ou une pneumonie le 6 février 1918. Johanna Staude est décédée le 2 juillet 1967, à Vienne. Quatre ans avant son décès, elle s’était finalement résolue à vendre son portrait au Belvédère.

Certains passages de l’article sont basés sur le texte Gustav Klimt’s Late Work and his Relationship with the New Viennese Avant-Garde de Franz Soma, extraits du catalogue de l’exposition.

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