RADAR

Cachivache Bugui Bugui

Le plasticien et musicien Joris Van de Moortel s’est inspiré de l’exubérance formelle du baroque pour son exposition Cachivache Bugui Bugui.

Entouré de quatorze musiciens du Belgian National Orchestra, il fera vivre ses sept sacrements à travers sa musique : la cire, la fumée, le verre, la nature, la peinture blanche, le feu et le vandalisme.

 

Un tintement de bourdon retentit à travers la chapelle artistique de Joris Van de Moortel. Le son jaillit d’un gong sculpté et résonne via les haut-parleurs d’une sorte d’autel baroque. Autel où gisent les corps sans vie des performeurs, ou plutôt de ce qu’il en reste. L’unique source de vie vient de leurs iPod Touch, qui diffusent en boucle des vidéos murmurantes de performances antérieures, au rythme des coups de gong.

© Galerie Nathalie Obadia & Joris Van de Moortel (detail)
© Galerie Nathalie Obadia & Joris Van de Moortel (detail)

On se croirait dans la nef d’une église. Sur les côtés, douze monotypes composent un chemin de croix en noir et blanc. Inspiré par des figures en adoration devant la Vierge de Van Loon, l’artiste a dessiné le visage des adoratrices ainsi que les mains, lesquelles prennent corps au travers de collages. Il met ainsi l’accent sur la dimension charnelle du style baroque, dont Théodore van Loon, tout comme son contemporain Rubens, ont été des figures de proue.

© Galerie Nathalie Obadia & Joris Van de Moortel (detail)
© Galerie Nathalie Obadia & Joris Van de Moortel (detail)

La grande œuvre placée au fond, Auch Mit den Groupies (ter hemel), est également inspirée de l’Assomption de Marie peinte par Van Loon. Un imposant cadre en bois de deux mètres sur quatre associe l’esprit dionysiaque – débridé, agité, extatique – et l’apollinien – dans lequel tout est maîtrisé, réfléchi et calculé.

Cette exposition est étroitement liée à la nouvelle pièce musicale pour sept instruments à cordes « apolliniens » et sept instruments à vent « dionysiaques » composée par Van de Moortel en collaboration avec Thomas De Prins. Cette composition est basée sur sa série de performances A Sunday Mess, Les 7 sacrements pour une performance.

Le 19 octobre 2018, Van de Moortel se joindra avec sa guitare aux quatorze musiciens du Belgian National Orchestra. Ensemble, ils interpréteront A Sunday Mess mettant en avant les sept sacrements – la cire, le verre, la fumée, la nature, la peinture blanche, le feu et le vandalisme –, incluant bris de cordes, de verre et cire en ébullition. La nouvelle composition de Van de Moortel – en authentique style « Fluxus » et « Musique concrète » – est clairement baroque. L’artiste fait référence au compositeur français Pierre Schaeffer (1910-1995), un pionnier de la Musique concrète, qui déclarait dans l’une de ses dernières interviews que sa quête permanente d’une nouvelle forme de musique avait échoué : les compositeurs doivent plutôt se tourner vers la période baroque et la prendre allégoriquement pour modèle des nouveaux développements techniques et musicaux. 


Le deuxième volume de la série Songs of the Incomplete paraît à l’occasion de l’exposition, ainsi qu’un vinyle réunissant les enregistrements originaux de la performance A Sunday Mess.

Dans le cadre de l’année baroque 2018 et de l’exposition Théodore van Loon. Un peintre caravagesque entre Rome et Bruxelles.

Voir aussi