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Mozart et Bruxelles : une histoire déchirante

L’acte de vandalisme choquant qui a marqué l’Expo 58… ou pourquoi les fans de Mozart verront toujours Bruxelles d’un mauvais œil.

En 1958, les regards du monde entier sont tournés vers la Belgique, qui accueille l’Exposition universelle. L’économie est en pleine croissance, l’optimisme des années 50 atteint son apogée et on raconte même qu’une belle histoire se profile entre le jeune Roi Baudouin, alors célibataire, et la plus jolie blonde d’Hollywood, Marilyn Monroe.

L’Expo 58 présente fièrement les dernières technologies de pointe : les Russes exposent leur Spoutnik tandis que les toutes premières portes automatiques des Américains font rêver tout Bruxelles. Mais l’Expo ne se limite pas aux inventions inédites.

Les grands chefs-d’œuvre du passé sont exposés pour illustrer la grandeur du génie humain à travers les siècles. Les autorités autrichiennes ont envoyé à Bruxelles un manuscrit de la main du plus grand génie de la musique, Wolfgang Amadeus Mozart : le légendaire Requiem. L’Autriche allait s’en mordre les doigts.

Tout ceci est lié au décès prématuré de Mozart pendant la genèse de l’œuvre. Non seulement cette messe des morts restée incomplète symbolise la vie et la carrière « inachevées » du compositeur, mais l’identité mystérieuse de son commanditaire a suscité l’élaboration de mille et une théories du complot et inspiré d’autres artistes tels que Peter Shaffer et sa pièce Amadeus (adaptée ensuite avec grand succès au cinéma par Milos Forman).

Requiem Dictation Scene from Amadeus (behind the scenes insight)

L’écriture, sans doute l’une des plus étudiées de l’histoire de la musique, a provoqué de longs et houleux débats visant à déterminer qui avait composé quoi et dans quel ordre (le Requiem a été achevé par Süssmayr, l’assistant et ami de Mozart). La question la plus populaire et la plus ardue pour les musicologues et les historiens est la suivante : qu’est-ce que le compositeur a écrit juste avant de mourir ?

Beaucoup estiment qu’il s’agit de l’indication « Quam Olim d: C » inscrite dans un coin en bas à droite du manuscrit de l’Hostias. Le visiteur de l’Expo au Heysel qui est parvenu, sans attirer l’attention, à ouvrir la vitrine et à déchirer ce petit morceau de partition, était-il l’un d’entre eux ?

Ce mystère n’a jamais été résolu. Et aujourd’hui, soixante ans plus tard, ce petit bout de manuscrit déchiré est toujours introuvable. La partition endommagée est retournée en Autriche, et la messe des morts de Mozart n’en est devenue que plus mystérieuse. Aujourd’hui, le manuscrit du Requiem est conservé (sous haute surveillance) à la Bibliothèque nationale autrichienne à Vienne. Quant aux spécialistes de Mozart, ils ont donné un nom au célèbre coup du vandale : le « sacrilège bruxellois ».

Claudio Abbado - Mozart Requiem - Lacrimosa

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