© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre) Daniel Arnaudet
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Une tapisserie avec vue

Parmi les nombreux chefs-d’œuvre étonnants qui sont revenus à Bruxelles pour notre exposition consacrée à Bernard van Orley, une tapisserie en particulier se distingue par son importance historique. Découvrez pourquoi un cheval et une vue de Bruxelles ont enthousiasmé le monde de l’art pendant plusieurs siècles.

Hanging of Van Orley's tapestry "Les Chasses de Charles Quint. Le Mois de mars (signe du Bélier)"

Ce ne sont pas seulement la taille et les dimensions de la série de douze tapisseries produites par Bernard van Orley – qui s’étendent au total sur 73 mètres – qui en font une œuvre clé dans la carrière de l’artiste. Cet ensemble est traditionnellement connu sous le nom des Chasses de Maximilien, bien que ce titre provienne d’une erreur lors de l’inscription de l’œuvre dans un inventaire au XVIIe siècle. Son titre correct est en réalité Les chasses de Charles Quint, car elle ne représente pas l’empereur Maximilien, mais son petit-fils, Charles Quint. L’œuvre a probablement été exécutée pour Charles lui-même, même si nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour en être certains.

© Musée du Monastère royal de Brou / Hugo Maertens
© Musée du Monastère royal de Brou / Hugo Maertens

Douze scènes de chasse sont liées aux douze mois de l’année et aux douze signes astrologiques. Comme la plupart des chefs-d’œuvre de Van Orley, cette série fait partie d’une importante collection étrangère – celle du Louvre, à Paris –, mais deux de ces tapisseries (Mars et Septembre) sont aujourd’hui de retour à Bruxelles dans le cadre de l’exposition Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance.

La première tapisserie de la série est indubitablement celle qui a été la plus étudiée. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas de Janvier, mais de Mars. Mars est en effet le premier mois du calendrier julien, qui était en vigueur à l’époque de Van Orley, ainsi que le premier mois du calendrier lunaire.

© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre)  Daniel Arnaudet
© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre) Daniel Arnaudet

Ces tapisseries sont réalisées avec des fils de laine, de soie, d’or et d’argent, qui en faisaient des œuvres incroyablement chères pour l’époque. Elles représentent Charles Quint et ses compagnons de chasse en différents lieux autour de Bruxelles. Le portrait de Charles Quint et la représentation du lieu sont les deux éléments qui font de Mars une œuvre majeure dans l’histoire de l’art.

© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre)  Daniel Arnaudet
© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre) Daniel Arnaudet

Les chercheurs pensent qu’il s’agit de la première représentation intégrale d’un cavalier sur un cheval cabré dans l’histoire de l’art occidental. Cette image a influencé de nombreux artistes différents, notamment Le Titien. Le cavalier en question est l’empereur Charles Quint lui-même, dont le menton proéminent caractéristique des Habsbourg pointe vers un paysage urbain à l’arrière-plan.

Van Orley a situé chacune des tapisseries dans des lieux réels autour de Bruxelles, et l’ensemble peut donc être considéré comme un cliché de la ville et de ses environs immédiats aux alentours de 1530. Mars montre une vue détaillée de Bruxelles allant du Palais du Coudenberg (résidence de l’empereur et centre du pouvoir européen à l’époque) à la cathédrale Sainte-Gudule, entre lesquels se dressent l’hôtel de ville et la vieille église Saint-Nicolas.

© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre)  Daniel Arnaudet
© RMN-Grand Paleis (Musée du Louvre) Daniel Arnaudet

À nouveau, Van Orley ne se contente pas de nous livrer une œuvre admirable de puissance et d’inventivité visuelles, mais aussi un document historique inestimable : il s’agit de la plus ancienne représentation connue de ce château (qui a brûlé en 1731 et dont les ruines ont été démolies pour construire la Place Royale en 1774) et de l’une des plus anciennes images de Bruxelles.

Œuvre exposée jusqu’au 25 mai dans le cadre de l’exposition Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance à BOZAR.

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