Jef Geys, Lannoo, foto’s zonder bril, 1982. Catalogue du Palais des Beaux-Arts, 1992.
RADAR

Jef Geys : ode à la banalité

Jef Geys (1934-2018) était un artiste qui, selon ses propres mots, « ne faisait pas d’art ». Vingt-sept ans après la précédente exposition qui lui a été dédiée à BOZAR, cette personnalité fait son grand retour au Palais avec une exposition consacrée au Tour de France de 1969, édition remportée par notre compatriote Eddy Merckx.

Au travers de cet événement qui a marqué l’histoire de la Belgique, Jef Geys fait l’éloge du caractère ordinaire du monde du cyclisme et de ses supporters. Voici le portrait de cet artiste étonnant...

© Baert Marc, Jef Geys’s photos, The 1969 Tour de France of Eddy Merckx  (HLN).
© Baert Marc, Jef Geys’s photos, The 1969 Tour de France of Eddy Merckx  (HLN).

Dynamiter le musée
En 1970, Jef Geys a eu l’idée folle de faire sauter le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers. Il voyait en effet le concept de « musée » comme une prison pour les artistes. L’art devait selon lui être rendu au peuple, au lieu de rester enfermé derrière les portes inaccessibles et élitistes des musées. Ses expositions étaient ainsi toujours accompagnées d’une édition du « Kempens Informatieblad », une publication compilant des idées, conversations et photographies en lien direct avec le lieu dans lequel Jef était invité à exposer, présentée sous la forme d’un journal local gratuit. 

Jef Geys, Landscape jumper, 1967. Catalogue Centre for Fine Arts 1992.
Jef Geys, Landscape jumper, 1967. Catalogue Centre for Fine Arts 1992.

Entre la vie et le travail
Sa vision du musée se ressentait dans sa manière de créer. Il oscillait toujours entre l’artistique et le banal, en prenant sa propre vie comme fil conducteur créatif. En sa qualité de professeur d’« esthétique positive » à Balen, il demandait à ses étudiants de recopier Lichtenstein, Warhol ou encore Fontana. Il aimait remettre chaque pratique artistique en question, et la peinture ne faisait pas exception à la règle. C'est ainsi que chaque année entre 1963 et 1989, il a peint un sachet de graines, en guise d’allégorie des pigments de la peinture sous la forme ironique d’une fleur ou d’un légume.

Jef Geys Weblog, Kempens Informatieblad, October 2001.
Jef Geys Weblog, Kempens Informatieblad, October 2001.

Pas de vernissages ni d’interviews
Jef Geys n’était jamais présent à ses propres vernissages et ne donnait jamais d’interviews. Son art abordait des thèmes sociaux et sociétaux très ciblés et subtils, mais il estimait que c’était au public de les exposer. Jef Geys ne parlait pas en son nom, mais donnait sa voix à l’art et le laissait parler pour lui.

Jef Geys, The Bodybuilder, 1978. Catalogue Centre for Fine Arts 1992.
Jef Geys, The Bodybuilder, 1978. Catalogue Centre for Fine Arts 1992.

40 000 clichés en 40 ans
Entre 1958 et 1998, Jef Geys a pris plus de 40 000 photos, des chevaux aux bodybuilders, en passant par le nu « artistique » et les affiches électorales. Avec le grand départ du Tour prévu prochainement à Bruxelles, BOZAR a choisi de montrer le Tour de France de 1969 à travers le prisme de cet artiste inoubliable. Au programme, point de documentaire ou de reportage photographique à sensation, mais un aperçu de l’ambiance du Tour et des photos de supporters, de l’un ou l’autre cycliste et de voitures-balais.

Voir aussi