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RADAR

Liberté, Égalité, Fidelio

Beethoven 2020

Vous avez du mal à vous remettre de la fin de Orange Is The New Black ? BOZAR vous propose de continuer à explorer l’univers des prisonniers, dans un tout autre genre : l’opéra. Cette saison, BOZAR vous invite à découvrir DEUX versions du célèbre opéra de Beethoven, Fidelio. L’une fait appel à une star mondiale de l’opéra, l’autre met en scène... des marionnettes.

Mir ist so wunderbar

Fidelio, c’est l’histoire d’un combat pour la liberté contre l’oppression politique – un thème cher à Beethoven. Un thème d’actualité aussi à l’époque où il a été composé puisque Vienne était alors occupée par la France et les officiers français très nombreux à assister aux représentations à l’Opéra de Vienne. À l’instar de son « Ode à la joie » qui est devenue un hymne politique, Fidelio a souvent été joué à des fins stratégiques, en signe de protestation. Ce n’est donc pas un hasard s’il s’agit du premier opéra monté à Berlin après la Deuxième Guerre mondiale. 

Beethoven's Fidelio : Prisoners' Chorus

Cet opéra est l’archétype de l’histoire du héros qui se donne pour mission de venir au secours d’une demoiselle en détresse détenue en captivité par un homme mauvais. Mais ici, les rôles sont inversés et c’est Leonore qui doit libérer son mari Florestan, emprisonné pour ses convictions politiques par Pizzaro, un homme maléfique. Même si elle doit se déguiser en homme (et prendre le nom de Fidelio) pour mener à bien sa périlleuse mission, nombreux sont ceux qui voient dans Beethoven un proto-féministe. Voilà donc un premier rôle savoureux (mais extrêmement exigeant) pour la soprano.  Et c’est Nina Stemme – sans doute la plus grande soprano dramatique de notre époque – qui incarnera Leonore en février à BOZAR.

Christa Ludwig - Fidelio - Abscheulicher...Komm Hoffnung

Fidelio est sans conteste l’opéra le plus célèbre de Beethoven (mais il faut dire que c’est aussi le seul) mais le parcours vers ce succès a été des plus difficiles. Commencé en 1803, l’opéra connut plusieurs versions différentes (sous le titre de Leonore) et certaines représentations pas loin d’être catastrophiques (la fausseté de certains instruments de l’orchestre n’arrangea rien) avant de connaître enfin le succès, en 1814. Le jeune Schubert assista à la création de cette version définitive, mais il lui fallut revendre quelques manuels scolaires pour s’offrir un ticket. Meurtri par cette genèse traumatisante, Beethoven déclara :

« De tous mes enfants, ce fut celui dont l’accouchement fut le plus douloureux, celui qui m’a causé le plus de chagrin et pour cette raison, c’est aussi celui qui m’est le plus cher. »
Overture Leonore No.2, Op.72

BOZAR n’est pas une maison d’opéra et les deux versions de Fidelio proposées cette saison seront donc radicalement différentes. Le Swedish Chamber Orchestra et la divine Nina Stemme en interprètent une version semi-concertante, avec les récitatifs (dans l’opéra de Beethoven, dialogues parlés et chants alternent) revus du point de vue de Joaquino, un des personnages secondaires. Avant cela, le célèbre Théâtre de marionnettes de Salzburg proposera sa propre version de l’opéra. Cela peut sembler bizarre à première vue, mais ceux qui ont assisté à leur réinterprétation du cycle de l’Anneau du Nibelung de Wagner ou de la Flûte enchantée de Mozart ne manqueront ce spectacle sous aucun prétexte. Le metteur en scène Thomas Reichert aime exploiter les possibilités infinies du théâtre de marionnettes.

« Les marionnettes flottent et volent avec aisance – elles se jouent de la gravité. Et elles meurent avec superbe, puisque faites de bois mort, elles ne bougent plus – elles sont mortes, comme le bois dont elles sont faites… »
© Salzburger Marionettentheater
© Salzburger Marionettentheater

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