© Harald Hoffman/Deutsche Grammophon
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Avi Avital est prêt à faire vibrer les murs

Avi Avital est incontestablement l’un des plus grands mandolinistes de notre époque. Cette saison, cet Israélien charismatique lauréat d’un Grammy se produira à trois reprises à BOZAR. Sa résidence lui donne ainsi l’opportunité de présenter un aperçu panoramique de son art. Nous l’avons rencontré.

Avi Avital invites you to BOZAR

Quelles émotions votre premier passage en Belgique, et en particulier à BOZAR, suscite-t-il en vous ?

Je suis entouré d’art, que demander de plus ? C’est fantastique, je suis impatient à l’idée de jouer. Je donnerai trois concerts en une saison, dans une ville que je ne connais pas si bien, mais je sais que cet endroit va devenir important dans ma vie.

La mandoline est un instrument assez rare sur la scène classique.

Ce n’est pas un instrument très connu ou populaire, mais c’est là toute la beauté du défi : je peux proposer au public quelque chose qu’il n’a probablement jamais entendu. Je suis sûr que les concerts à BOZAR seront une réussite parce que la plupart des gens entendront pour la première fois une mandoline dans une salle de concert. C’est un véritable privilège qui m’est donné ici en Belgique et cela m’emplit d’énergie.

A. VIVALDI - MANDOLIN CONCERTO in C Major RV425 (3rd movement)

Comment avez-vous eu l’idée de jouer de ce petit instrument ?

J’ai découvert la mandoline un peu par hasard. J’avais huit ans, mes voisins en jouaient et j’en ai aimé le son. Peu après, j’ai demandé à mes parents si je pouvais apprendre à jouer de cet instrument. Ils étaient d’accord et je me suis inscrit au conservatoire local, où j’ai eu la chance incroyable de jouer dans un grand orchestre de mandolines. C’était enivrant de faire de la musique avec des jeunes de mon âge.

© Avi Avital/Instagram
© Avi Avital/Instagram

D’où vient cet instrument ?

C’est un instrument baroque aux origines italiennes, mais la mandoline appartient à la grande famille des instruments à cordes pincées que l’on retrouve dans les traditions musicales du monde entier : le sitar en Inde, le bouzouki en Grèce, la balalaïka en Russie, l’oud dans le monde arabe…  Je trouve que tous ces instruments ont une sonorité similaire. La mandoline est un instrument classique, mais elle produit un son éclectique nourri de différentes cultures. C’est passionnant de faire de la musique avec cette palette de connotations.

Est-ce un mélange qui vous inspire ?

En effet, en tant qu’artiste, je suis toujours curieux de toutes les cultures musicales. Écouter des musiques différentes m’aide à développer ma personnalité. La plupart de mes concerts s’inscrivent dans la sphère classique, mais je joue également beaucoup de musique klezmer, balkanique, arabe et jazz. Pour moi, tous ces genres sont des dialectes d’une même langue : la musique.

Avi Avital plays Bartók Romanian Folk Dances

Sur votre album Between Worlds, vous être à la croisée des chemins entre différents genres musicaux.

Il y a beaucoup de compositeurs qui, comme moi et ma mandoline, se définissent par ce même composite identitaire de plusieurs genres musicaux. Ce sont des compositeurs qui ont pris la musique folklorique comme point de départ et qui l’ont transformée en musique classique. L’exemple le plus marquant est sans doute celui de Béla Bartók, qui s’est inspiré de la musique de paysans d’Europe de l’Est et l’a utilisée comme base de travail. Il a restructuré et réharmonisé ces chansons folkloriques pour créer de la musique classique jouée sur des instruments classiques.

Ce processus était très répandu au début du XXe siècle avec des compositeurs tels que Manuel de Falla en Espagne, Heitor Villa-Lobos au Brésil ou Sulkhan Tsintsadze en Géorgie. Tous ces compositeurs se sont inspirés du folklore et l’ont mélangé à la musique classique. La jouer sur une mandoline ne fait que renforcer son parfum folklorique.

© Harald Hoffman/Deutsche Grammophon
© Harald Hoffman/Deutsche Grammophon

Avec les Quatre Saisons de Vivaldi, que vous jouez avec le Venice Baroque Orchestra, vous choisissez la musique classique pure…   

Les Quatre Saisons de Vivaldi sont vraiment très célèbres : chaque personne dans la salle aura sa petite idée en tête. Jouer cette musique sur une mandoline donnera au public l’opportunité de la découvrir d’une autre manière. Secrètement, j’espère que je serai capable de donner aux gens l’illusion d’entendre cette œuvre comme si c’était la première fois.

Si l’on considère que la mandoline était un instrument extrêmement populaire à l’époque de Vivaldi, j’espère être capable de mettre en avant le caractère folklorique de la pièce. Les Quatre Saisons dépeignent Venise à différentes saisons et Vivaldi décrit la nature en évoquant un orage, la montée des eaux… La couleur sonore de la mandoline rend l’œuvre encore plus locale, plus italienne, plus vénitienne.

Avi Avital - Vivaldi (Trailer)

Et il n’y a pas que l’arrangement, mais aussi une dimension visuelle, n’est-ce pas ?

En effet, nous ajoutons un élément visuel que j’aime beaucoup, réalisé par une compagnie de théâtre d’ombres de Tbilissi en Géorgie. Toutes ses créations sont basées sur des ombres de mains derrière l’écran. La musique n’en sera que plus poétique !

Pour votre troisième concert, vous présenterez un projet avec l’incroyable pianiste de jazz Omer Klein. Comment avez-vous fait sa connaissance ?

Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années et avons rapidement eu envie de travailler ensemble. Cette collaboration est basée sur le concept de récital classique pour mandoline et piano. Un récital avec un violoncelle ou un violon est chose courante en musique classique, mais pas avec une mandoline.

© Avi Avital/Instagram
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À quoi peut-on s’attendre ?

Lorsque j’ai rencontré Omer il y a environ six ans, nous avons pensé à une sorte de mélange entre ses morceaux de jazz largement improvisés et des œuvres tirées de mon répertoire classique. Nous nous sommes progressivement orientés vers un programme en deux parties. La première est consacrée à des morceaux de jazz que nous avons écrits nous-mêmes, avec une place de choix pour l’improvisation. Pendant la seconde partie, je jouerai la Seconde Partita pour violon solo en ré mineur de Jean-Sébastien Bach. Entre les mouvements, Omer proposera un commentaire entièrement improvisé sur ceux-ci. Nous ne faisons aucune répétition ensemble, il s’agit donc d’un événement à chaque fois unique.

C’est un vrai défi.

Absolument ! Nous l’avons déjà fait quatre ou cinq fois et le résultat est toujours différent. Pour chaque improvisation, Omer emprunte et développe un élément mélodique ou rythmique de la partition de Bach. Le résultat sonore dépend de l’ambiance, du public ou de l’inspiration du moment. C’est magique !

© Avi Avital/Instagram
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Vous mentionnez que vous allez aussi improviser. Où avez-vous appris à le faire, en tant que musicien classique ?

Je n’ai pas appris l’improvisation à l’académie de musique, donc je me suis débrouillé seul en me jetant à l’eau avec les meilleurs improvisateurs. Ils m’ont beaucoup inspiré et j’ai commencé à développer mon propre vocabulaire et mon propre phrasé. Progressivement, on gagne en confiance et courage, c’est amusant.

Rêvez-vous de collaborer avec un musicien en particulier ?

Il y a tant d’artistes avec qui j’aimerais travailler, surtout des auteurs-compositeurs-interprètes. J’avais un rêve ultime qui s’est en quelque sorte réalisé : j’ai toujours été un grand fan de Leonard Cohen et j’ai rencontré son fils, qui était le producteur de son dernier album. Je joue sur l’un des morceaux de cet album qui va sortir prochainement. C’est un honneur.

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