Keith Haring, Ignorance = Fear, 1989
RADAR

CINQ CHOSES À SAVOIR SUR KEITH HARING

L’héritage visuel de l’artiste américain Keith Haring est le reflet d’un état d’esprit, celui d’une décennie et d’un continent. Ses personnages qui font écho à la bande dessinée, ses couleurs vives et ses chiens aboyeurs ont fait le tour du monde, mais cette production artistique ne doit pas masquer une autre facette de sa personnalité. Keith Haring s’en est pris à la politique intérieure et étrangère et a pimenté la vie nocturne et les soirées clubbing des eighties, livrant aussi un combat national – et personnel – contre le virus du sida qui allait finalement l’emporter dans les années 1990. La grande rétrospective que lui consacre BOZAR revient sur la vie mouvementée et l’œuvre de cette légende américaine. Petit avant-goût en cinq faits.

Keith Haring in subway car, New York, circa 1983 © Tseng Kwong Chi
Keith Haring in subway car, New York, circa 1983 © Tseng Kwong Chi

1. Haring a fait du métro new-yorkais son laboratoire et son terrain de jeu   

« The public has a right to art… Art is for everybody. » (Keith Haring)

Lorsque Haring quitte la petite ville de Kutztown pour s’installer à New York et goûter à sa vie bouillonnante, il perçoit immédiatement tout le potentiel de cette ville recouverte de graffitis. La ville devient son laboratoire ; il ne tardera pas à y développer son propre langage visuel. C’est aussi à cette époque qu’il commence à laisser littéralement sa marque dans la ville, plus précisément dans le métro. Il fait surgir des chiens aboyeurs, des bébés et des petits personnages dansants sur des feuilles vierges recouvrant des panneaux publicitaires inutilisés. Armé de craies, l’artiste débutant trace à la vitesse de l’éclair des lignes fluides et « instinctives », aujourd’hui emblématiques. Un art anonyme accessible aux passants, mais aussi une pratique illégale passible de sanctions pour qui se faisait prendre.

From the archives: Keith Haring was here

2. Haring était un activiste  

« Un porte-parole d’une société à un moment donné de l’histoire ». Voilà comment Haring définit l’artiste. Avec un langage pictural simple et accessible, il aborde des thèmes difficiles –  le racisme, la guerre nucléaire, le VIH – et les met à la portée de tous. Il se positionne comme un activiste, distribuant lui-même ses affiches dans les manifestations. Le jeune artiste américain était aussi très concerné par la politique étrangère. En 1986, pratiquement au faîte de sa popularité, il est invité à réaliser une fresque sur le mur de Berlin, côté ouest. Un acte qu’il qualifia de « tentative de destruction psychologique du mur ».

Section of Haring’s mural, Berlin Wall 1986 © Heinz J. Kuzdas
Section of Haring’s mural, Berlin Wall 1986 © Heinz J. Kuzdas

3. Haring se sentait incroyablement proche des enfants  

« Children know something that most people have forgotten. » (Keith Haring)

Pour Haring, les enfants étaient bien plus qu’un simple public. Il voyait en eux des collaborateurs et les a associés à plusieurs reprises à son processus de création. En 1986, avec un millier de jeunes New-Yorkais, il crée une fresque d’une hauteur de 10 étages représentant la Statue de la Liberté. Pour Haring, le bébé est l'expérience la plus pure et la plus positive de l'existence humaine. Véritable allégorie de l’honnêteté et de la sincérité, il devient ainsi un symbole récurrent dans son œuvre. C’est dans cette même optique que BOZAR organise pendant l’exposition diverses activités pour les enfants, comme les Family Days et les parcours découvertes en famille.

Keith Haring and Jean-Michel Basquiat at the Whitney Museum of American Art, New York, 1987 © George Hirose/NGV
Keith Haring and Jean-Michel Basquiat at the Whitney Museum of American Art, New York, 1987 © George Hirose/NGV

4. Des phénomènes médiatiques, comme Warhol et Madonna, faisaient partie de son cercle d’amis

Haring a vécu et travaillé dans l’East Village. Ce quartier de New York attirait à l’époque les talents émergents de la scène underground. Haring ne tarde pas à se lier d’amitié avec les plus grands, comme Madonna, Grace Jones et Jean-Michel Basquiat. Andy Warhol a aussi longtemps été un de ses modèles. Ce beau monde fréquente assidûment les clubs, notamment le Club 57, où se retrouvent artistes plasticiens et musiciens. De célèbres créateurs de mode, comme Vivienne Westwood, font appel à ses talents artistiques. Pour la première fois, art et mode ne faisaient vraiment qu’un.

Mural by Keith Haring at M HKA, Antwerp © M HKA
Mural by Keith Haring at M HKA, Antwerp © M HKA

5. Haring a laissé des traces monumentales en Europe  

La reconnaissance de ses collègues artistes et la popularité croissante de son œuvre ouvrent à Haring de nouveaux horizons. Vers la fin des années 80, il réalise toute une série de grandes fresques murales en Belgique et aux Pays-Bas. En quatre heures seulement, il décore la cafétaria du Musée des arts contemporains d’Anvers (MHKA) d’une grande fresque colorée. Quelques jours plus tard, il se livre à ce même exercice à Knokke – sur un conteneur qui sera adjugé pour la coquette somme de 2 millions d’euros. Profitant d’un voyage à Amsterdam à l’occasion de sa grande exposition solo au Stedelijk Museum van Amsterdam, il recouvre un mur du marché central d’un gigantesque monstre marin. Quelques mois avant son décès des suites du sida, en 1989, il réalise sa dernière fresque murale, à Pise. Il fait ainsi ses adieux avec panache, beaucoup de couleurs et de mouvements.

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