New York City, 1978 © Alex Razbash
RADAR

Cecila Pavón 

Poésie pour Keith Haring

Nous avons demandé à la New-Yorkaise Chris Kraus (I Love Dick) de commander des textes originaux à 5 poètes, en dialogue avec l'artiste Keith Haring et son œuvre emblématique. Vous pouvez lire les 5 poèmes dans le guide du visiteur gratuit à votre disposition dans notre exposition Keith Haring. Ou les lire ici ...


Cecila Pavón 
Sans titre 

La manière dont l’art nous atteint remonte toujours à notre enfance.
Je suis né près de la cordillère des Andes dans une province agricole dépourvue de musée.
Durant mon enfance, l’art se trouvait dans les livres.
et ces livres n’évoquaient que l’art européen,
(le grand art européen produit à Paris au début du XXe siècle).
Lorsqu’à treize ans j’ai vu pour la première fois un dessin de Keith Haring
sur une carte postale chez une amie, je ne pouvais imaginer que c’était de l’art.
Un art qui n’est pas de l’art :
Maintenant je crois que c’est la principale fantaisie de tout artiste
celle de faire de l’art qui n’est pas de l’art
ou tout au moins est-ce mon rêve de poète : 
faire de la poésie qui n’est pas poésie.
Je travaille à la maison alors que je dois sortir
afin de chercher un mandat-poste qui m’est adressé depuis la Belgique
pour l’écriture de ce poème inspiré de l’œuvre de Keith Haring.
Jamais par le passé je n’ai été payé pour écrire un poème. 
Je vis à Once, un quartier que l’on pourrait comparer à celui de Brooklyn en 1983.
Je sors à l’heure de la sieste, le soleil resplendit dans l’air
il y a une camionnette garée en double file dans la rue Alberti
partout il y a des tags, tout mon quartier est saturé de graffitis.
Les traits noirs réalisés au marqueur sont autant de niches où se réfugier,
où des portées sans règle, les graffitis étant des portées sans musique pour danser.
Je vais au supermarché de la rue Alberti,
alors qu’à plusieurs milliers de kilomètres au nord, l’Amazonie brûle.
Depuis les élections le prix de la nourriture augmente de manière affolante.
Mais les gens sourient, c’est un vrai mystère, ils se croisent au café, ils s’embrassent, ils discutent, ils se sourient, ils s’embrassent, c’est un vrai mystère de voir comme ils sont souriants. 
Je pense à un art qui n’est pas de l’art, un art qui n’est pas de l’art, un art qui n’est pas de l’art, et à la poésie qui n’est pas poésie.
Je suis sûr que s’il était encore vivant, Keith Haring nommerait son art religion. 


Cecilia Pavón © Rights reserved
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