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Lire aux temps du corona

BOZAR AT HOME

Que lire en cette période où la menace et la peur sont omniprésentes ? Des livres qui nous aident à mieux appréhender la réalité ou plutôt des lectures qui nous apportent un peu de réconfort ? Nous sommes nombreux à profiter de cette période pour nous plonger dans un classique que nous n’avions pas encore lu, au rang desquels La Recherche du temps perdu, La Montagne magique ou La Peste, bien sûr. Les âmes moins sensibles se régaleront sans doute plutôt d’un roman de science-fiction et/ou d’horreur de Stephen King.

Pour tous ceux et celles qui voient leur pile de livres diminuer à vue d’œil ou qui ont simplement envie de (re)découvrir des auteurs et des livres, BOZAR LITERATURE a concocté une liste d’ouvrages qui pourront illuminer ces journées sombres. Qu’ils invitent à la contemplation, qu’ils vous divertissent, qu’ils vous apportent un peu de réconfort ou qu’ils vous fassent peur, tous ces livres valent vraiment la peine d’être lus. En ces temps d’épidémie de coronavirus ou en toute autre occasion, bien qu’ils acquièrent aujourd’hui une toute autre dimension.

Cherche à chanter le monde mutilé - Adam Zagajewski
Cherche à chanter le monde mutilé n’est pas un livre mais un long poème du grand poète polonais qui nous a offert il y a 10 ans une soirée mémorable à BOZAR. Le poème « Cherche à chanter le monde mutilé » a été publié juste après les attentats du 11 septembre dans The New Yorker. Il est ainsi devenu une « bande sonore poétique » apaisante pour des milliers de lecteurs au lendemain de cet autre drame de notre histoire récente. Vous risquez d’avoir du mal à dénicher ce livre mais il suffit de googler son titre pour le trouver facilement sur de nombreux sites de poésie.

Voyage autour de ma chambre  - Xavier De Maistre
Ce petit bijou de la littérature date de 1794 mais il n’a pas pris une ride ! Mis aux arrêts pendant six semaines, le héros s’embarque dans un « voyage autour de sa chambre ». L’on y découvre chaque jour un chapitre explorant un nouveau thème. Un régal pour le lecteur, qui y trouvera de magnifiques anecdotes et réflexions sur la solitude, la liberté, la mémoire, l'amitié, etc. Le livre éponyme récemment publié par l'écrivain hollandais J.M.A. Biesheuvel suit cette même trame.

Mon année de repos et de détenteOttessa Moshfegh
Dans ce roman de la jeune écrivaine américaine Ottessa Moshfegh, nous suivons une hypocondriaque misanthrope – la narratrice – qui a décidé de se cloîtrer pendant un an dans sa chambre avec un stock de petites pilules qui pourraient assommer un troupeau d’éléphants et/ou leur donner des hallucinations. Un roman atrocement déprimant qui nous livre néanmoins des passages hilarants. Une version moderne d’Oblomov, un classique de la littérature russe, en quelque sorte.

Le Lambeau - Philippe Lançon
L'écrivain et journaliste français Philippe Lançon a survécu à l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo en 2015. Dans Le Lambeau, il décrit son séjour à l'hôpital, sa « mutilation » et surtout sa guérison. Ce témoignage est bien plus qu’un récit terriblement poignant puisqu’il nous montre qu’il y a toujours de l’espoir. Dans ce livre, Philippe Lançon cite fort à propos Blaise Pascal « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Petite anecdote : Lançon aime à se plonger dans la musique de Bach et la lecture de Proust et de Kafka pour conjurer son chagrin et ses peurs.

La Maladie comme métaphore : Le Sida et ses métaphores - Susan Sontag
La clarté et l’érudition irriguent tous les essais de Susan Sontag, ce qui rend leur lecture toujours des plus intéressante. Dans ces deux ouvrages – souvent réunis dans un seul et même volume – l’auteure décrit comment chaque époque est confrontée à une maladie qui finit par devenir la métaphore de ses maux. En son temps, c’était le cancer et le sida mais sa réflexion reste extrêmement pertinente à la lumière de ce que nous vivons aujourd’hui.

Bruit de fond - Don DeLillo
La détresse, la paranoïa et la peur sont omniprésentes dans l'œuvre du grand écrivain américain Don DeLillo. Bruit de fond parle à la fois de tout et de rien. On le lira surtout pour les pages – mémorables – où l’auteur décrit une catastrophe chimique et la fuite d’une famille tentant d’échapper au nuage toxique. Le livre est paru un an avant la catastrophe de Tchernobyl, mais DeLillo décrit comme nul autre la peur et l'insécurité, pareilles à celles que nous vivons aujourd’hui. Et il prouve une fois de plus que la réalité dépasse parfois la fiction

The Lonely city Adventures in the Art of Being Alone - Olivia Laing
L'auteure britannique décrit son expérience de femme seule à New York où elle a vécu un certain temps. Les technologies nous rapprochent-elles ou nous enferment-elles au contraire dans la solitude, assis devant nos écrans ? À travers la vie et l'œuvre de quatre artistes, dont Hopper et Warhol, Olivia Laing découvre comment l'art peut être un remède à la solitude. La crise du coronavirus lui a récemment inspiré deux billets, l’un pour le New York Times sur la « magie de la solitude » et l’autre pour The Guardian dans lequel elle explique le réconfort que l’art peut apporter dans des moments comme celui-ci.

La Grande Tueuse : Comment la grippe espagnole a changé le monde - Laura Spinney
Les amateurs d’essais apprendront beaucoup de choses dans cet ouvrage de l'écrivaine et journaliste scientifique britannique Laura Spinney. Dans La Grande Tueuse, elle revient sur l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'humanité, considérée jusqu’il y a peu comme un événement anecdotique, en marge de la Première Guerre mondiale. Dans cet ouvrage, Laura Spinney montre au contraire que l’impact de cette pandémie a été tout aussi important que celui des deux dernières grandes guerres sur le cours de l’histoire. L’épidémie de grippe espagnole a en effet bouleversé – et souvent durablement transformé – la politique mondiale, les relations entre les peuples, les structures familiales, la science médicale, la religion et les arts.

A la ligne - Joseph Ponthus
S’il y a bien une chose que la crise du coronavirus met au jour, c’est la fracture économique et sociale entre ceux qui travaillent ou doivent travailler et les autres. On a déjà beaucoup évoqué le travail héroïque que nos médecins et nos infirmières accomplissent aujourd’hui. Silence ou presque en revanche à propos des travailleurs qui veillent à notre approvisionnement alimentaire. La lecture peut aussi nous apprendre à faire preuve d’humilité et d’empathie. Lire A la ligne, le premier roman de l'écrivain français Joseph Ponthus ne nous fera donc pas de tort en ces temps troublés. Un écrivain y raconte son expérience de travailleur intérimaire dans des abattoirs et des entreprises de transformation du poisson de Bretagne.

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