Maarten Vanden Eynde © M HKA
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Pour alimenter vos réflexions

BOZAR AT HOME

Avec BOZAR at Home, AGORA, la plateforme de débats de BOZAR, s’invite tous les quinze jours chez vous, pour vous proposer des récits et des points de vue intéressants à lire sur votre écran. Ann Pettifor est la première intervenante de ce cycle de contributions écrites. Elle aurait dû venir le 16 mars à Bruxelles pour nous parler du Green New Deal, la « Nouvelle donne verte ». Nous plongeons aussi dans les archives du Palais pour y dénicher des conférenciers qui s’intéressent à des thèmes qui gardent eux aussi leur pertinence et leur actualité en cette étrange période de crise.

Ann Pettifor © Bob Foyers
Ann Pettifor © Bob Foyers

Cette fois-ci, nous avons un Plan B 

Les Européens peuvent-ils se permettre financièrement cette transformation non seulement économique, mais aussi industrielle ? Selon l’économiste politique britannique Ann Pettifor,  l’Europe peut effectivement se permettre cette transformation radicale de l’économie vers un avenir plus durable. Mieux, elle affirme que cela se traduira également par l’avènement d’une société plus juste et plus égalitaire et que ce changement s’impose même de toute urgence. Ann Pettifor nous explique comment nous en donner concrètement les moyens en insistant sur le fait qu’il n’y a pas un instant à perdre. 

Après la crise financière de 2008, Ann Pettifor a exploré des alternatives pour remplacer ce « système pourri ». À l'époque, il semblait que personne n'avait vu venir la crise. Ou plutôt presque personne. En 2006, Ann Pettifor avait en effet publié un ouvrage au titre visionnaire, The Coming First World Debt Crisis (l’imminence d’une crise de la dette mondiale), ce qui lui valut d’être brusquement reconnue comme l’une des rares économistes à avoir prédit la grande crise financière de 2008.  

Ce qui l'a le plus surprise à l'époque, ce fut la réaction du monde politique : il n'y avait pas de plan, pas d'alternative. Avec un groupe d’autres convaincus, elle a ainsi décidé d’explorer elle-même une alternative pour le futur. Leur plan devait apporter une réponse commune à la crise économique et écologique. Le « Green New Deal » était né.

« Je veux une banque centrale dont les fonctionnaires s’acquittent de la mission qui est la leur : servir les citoyens »  – Ann Pettifor

Ce Green New Deal a pour principale source d’inspiration le « New Deal » lancé par le président américain Franklin D. Roosevelt afin de sortir du gouffre l’économie américaine mise à plat par la Grande Dépression des années trente. Roosevelt a injecté énormément d'argent dans l'économie, a lancé des programmes de création d’emplois à grande échelle ainsi que des projets infrastructurels ambitieux, comme la construction du barrage Hoover et du tunnel Lincoln. Il a aussi réformé le secteur bancaire et fait planter trois milliards d'arbres.

Le Green New Deal entend rapprocher le secteur industriel, les travailleurs et les défenseurs de l’environnement. La vision ? Faire en sorte que les gouvernements reprennent le pouvoir abandonné progressivement au capital international et qu’ils œuvrent à la mise en place d’une économie durable, à forte intensité de main-d'œuvre et plus égalitaire. 

Lisez l’article complet dans le Groene Amsterdammer

Plus d’infos

 

Around the World, Belgian Art Prize 2017, Bozar, Brussels, Belgium © Philippe De Gobert
Around the World, Belgian Art Prize 2017, Bozar, Brussels, Belgium © Philippe De Gobert

Et si l’histoire du monde ne tenait qu’à un fil de coton ?

Comment le COVID-19, le nouveau coronavirus, s’est-il propagé jusqu’en Italie ? D’aucuns incriminent la présence de très nombreux ouvriers textiles chinois dans le Nord de l’Italie, mais cette hypothèse n’a absolument pas été confirmée. Milan, la capitale européenne de la mode, compte en effet plus de 4 000 ateliers textiles clandestins, apparus depuis 2013. Ces ateliers de confection occupent principalement des ouvriers chinois sous-payés.  

Voilà qui nous rappelle « Triangular Trade – Cotton », le vaste projet de recherche de Maarten Vanden Eynde. L’artiste flamand explore ici l’influence historique durable de la production et du commerce du coton sur l’économie mondiale et la société mondialisée d’une manière générale. En 2017, Maarten Vanden Eynde était venu nous présenter le fruit de son travail et de sa réflexion à BOZAR, dans le cadre de BelgianArtPrize.

The Gadget (in collaboration with Rita Van Cotthem), Belgian Art Prize 2017, Bozar, Brussels, Belgium © Philippe De Gobert
The Gadget (in collaboration with Rita Van Cotthem), Belgian Art Prize 2017, Bozar, Brussels, Belgium © Philippe De Gobert

« Plutôt que de me focaliser sur l’hypothèse selon moi problématique et tragique d’une fin d’un monde, j’y ai vu une invitation à réfléchir à l’après…. […] Car en fin de compte, nous écrivons tous l’histoire future »  – Maarten Vanden Eynde

Lors d’une table ronde originale organisée à la Rotonde Bertouille, le 24 mai 2017, il avait aussi été question du rôle du textile – principalement du coton – dans l’esclavage, la colonisation et, à présent, dans l’économie mondiale.     

Une table ronde que Vanden Eynde avait baptisée « Lunä Talks », faisant ainsi référence à la Lunar Society of Birmingham, un groupe de personnes enthousiastes et d’intellectuels autodidactes qui se réunissaient les nuits de pleine lune pour imaginer de nouvelles théories et en débattre. Ces « Lunaticks », comme on les appelait, ont révolutionné la science et changé le monde. Ils ont élaboré des théories et construit des moteurs, inventé des machines et des idées. Ce faisant, ils ont marqué leur époque de manière indélébile.

Les participants à cette table ronde ont pu redécouvrir l’esprit qui les animait en prenant place autour d’une table, réplique de celle autour de laquelle se réunissaient à l’origine ces «  Lunar Men ».

Triangular Trade (Maarten Vanden Eynde)

BelgianArtprize 2017 finalist Maarten Vanden Eynde

Plus d'informations sur le « commerce triangulaire »

 

Mark Blyth © rights reserved
Mark Blyth © rights reserved

D’un espoir perdu à une lueur d’espoir

En 2016, BOZAR a organisé un cycle de débats autour du thème « Forlorn Hope ». Une soirée avait été dédiée à la question de l’avenir de l’argent.

Le 14 novembre 2016, BOZAR a ainsi accueilli Mark Blyth, un politologue écossais spécialiste de l’économie politique internationale et comparée. En 2012, Blyth a publié l’ouvrage Austerity: The History of a Dangerous Idea, dans lequel il critique la politique d’austérité européenne. En 2014, il a publié avec Eric Lonergan l’article « Print Less but Transfer More: Why Central Banks Should Give Money Directly to the People » dans le magazine Foreign Affairs. Mark Blyth y plaide en faveur de l’approche de l’hélicoptère monétaire ou « monnaie-hélicoptère » : la distribution d’argent à la population comme solution alternative à la politique monétaire actuelle de la Banque centrale européenne.    

En 2016, l’idée du professeur Blyth semblait encore relever d’une pure utopie. Marcia De Wachter, à l’époque membre du comité de direction de la Banque nationale de Belgique l’avait d’ailleurs descendue en flammes lors de notre débat à la Rotonde Bertouille.

Le concept de l’argent-hélicoptère semble toutefois s’imposer peu à peu. Pour preuve, la Banque centrale américaine et la Banque centrale européenne ont ainsi élaboré chacune des plans en ce sens. 

« Nous vivons des temps exceptionnels qui appellent des mesures exceptionnelles »   -  Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.

Article original de Mark Blyth, du Foreign Affairs. 

Austerity, Bad Ideas, Populism - Prof Mark Blyth | New Political Economy of Europe Podcast (S01E03)

Un article récent du New York Times

Un article récent sur Apache.be par le coordinateur d'Agora, Karl van den Broeck. 

 

Voir aussi

  • BOZAR AT HOME

    En cette période de confinement, BOZAR a fermé ses portes mais nous demeurons très actifs. Parce que l’on ne peut confiner la culture, nous avons décidé de continuer via nos réseaux sociaux à vous proposer une programmation artistique spéciale qui montre la diversité artistique et culturelle de BOZAR. 

    — publié le