Philippe Vandenberg dans son atelier à Molenbeek, 2008 © Wouter Cox
RADAR

QUI EST PHILIPPE VANDENBERG ?

Le dessinateur rebelle

Philippe Vandenberg (1952-2009) était un artiste belge aux multiples facettes : il dessinait, peignait et jouait avec les mots et les images. Son crédo ? Rester toujours en mouvement et prendre des risques pour remettre en question l’ordre artistique et l’ordre social. En 2006, l’artiste vagabond quittait Gand pour s’installer à Molenbeek. À partir du 17 septembre, BOZAR expose des œuvres de la période bruxelloise de l’artiste. Mais qui était cet artiste belge radical ? Petit tour d’horizon  

Philippe Vandenberg, Sans titre, 2008, Craie pastel sur papier, 85 x 100 cm
Philippe Vandenberg, Sans titre, 2008, Craie pastel sur papier, 85 x 100 cm

Une révolte contre la cruauté

« À sa manière, un artiste agit en quelque sorte comme un terroriste. Il détruit des choses sur son passage. Il les remplace ensuite par d’autres. Il s’emploie aussi à remettre en cause l’ordre établi pour parvenir à un nouvel ordre. Car il faut qu’il ne reste plus rien pour qu’une nouvelle image soit possible. » 
– Philippe Vandenberg

Enfant, Philippe Vandenberg fut séduit par l’art de Jérôme Bosch et de James Ensor. Il se sentait très proche des artistes qui voulaient secouer la conscience de la société. C’est que Vandenberg a fait, d’abord en dessinant et en ensuite en peignant : tenter de trouver un ordre dans le chaos menaçant qui sévit en dehors de sa feuille. Cette quête allait être celle de toute une vie : « illustrer la réalité ‘comme une révolte contre la cruauté’ ». Les peintures et les dessins de l’artiste symbolisent donc le combat de l’homme contre lui-même et les autres, mais toujours avec une petite pointe d’humour. En faisant le lien entre le comique et l’inhumain, Vandenberg rend l’atrocité palpable.

 

Des notes mobiles

« Des notes mobiles. Parfois, il y a comme une illumination. Il faut que ce soit simple. Pas le temps pour les fioritures. Il faut être rapide comme l’éclair, « marcher sur la queue du tigre », saisir la réalité et la faire entrer coûte que coûte à l’intérieur de la feuille juste avant qu’elle ne s’échappe (…) » - Philippe Vandenberg

Vandenberg considérait la peinture et le dessin comme deux disciplines égales. Il dessinait de manière quasi obsessionnelle. Plus qu’une forme d’art, le dessin était pour lui « le médium qui permettait de vivre, d’intégrer les choses, de noter ». Il a ainsi tenu un journal dessiné de ses promenades quotidiennes dans la commune de Molenbeek : les dessins molenbeekois. Des incidents comme une bagarre ou une effraction dans son atelier y étaient ramenés à quelques lignes. « L’anecdote était devenue métaphore ».

 

Philippe Vandenberg, vers 2008, Aquarelle, feutre, crayon et scotch sur papier, 59 x 82,5 cm
Philippe Vandenberg, vers 2008, Aquarelle, feutre, crayon et scotch sur papier, 59 x 82,5 cm

“Reviens Adolphe on t’aime!”

« Le monde est un luna-park (et Dieu tient le stand de tir) »   
– Philippe Vandenberg

« Reviens Adolphe, on t’aime ! » Vandenberg aime la provocation et nous oblige à réfléchir. Si ses œuvres nous interpellent de prime abord par leurs couleurs vives et leurs personnages semblant sortis d’une bande dessinée, elles nous forcent aussi à nous confronter au racisme, à la violence et à l’abus de pouvoir. Des conflits de tous les continents et de toutes les époques surgissent de ses dessins. Dans son carnet de dessins Les Flandres, terre des peintres, de coureurs cyclistes et de suicidés, le personnage d’Hitler pénètre dans un Molenbeek imaginaire. Des résistants se soulèvent et des terroristes marchent dans les rues. Non sans ironie, il fait le lien entre des conflits d’autres régions du monde et d’époques passées avec le Molenbeek de son temps, pour critiquer l’abus de pouvoir, le racisme et la violence.    

 

Sans titre (Russie-Géorgie 1-0) (Extrait du carnet Les Flandres, terre de peintres, de coureurs cyclistes et de suicidés, 2008, aquarelle, crayon de couleur et crayon noir sur papier,  42 x 29.7 cm
Sans titre (Russie-Géorgie 1-0) (Extrait du carnet Les Flandres, terre de peintres, de coureurs cyclistes et de suicidés, 2008, aquarelle, crayon de couleur et crayon noir sur papier, 42 x 29.7 cm

Témoin à charge

« Je me considère comme ‘un témoin à charge’ comme on le dit si bien en français. »    

De 2006 à sa mort, Vandenberg a travaillé à Molenbeek. Il marchait pendant des heures dans sa commune d’adoption, prenait le café avec des habitants du quartier et discutait avec des voisins sur le pas de sa porte. C’est ce qui lui a fait comprendre les lignes de fracture, la polarisation dans cette commune. En tant que « témoin à charge », il ressentait le besoin de témoigner tant sur sa dynamique – celle d’une grande ville – que sur ses problématiques. En rue, il ramassait des objets en papier qu’il peignait de couleurs vives. Ces objets trouvés sont littéralement des fragments de Molenbeek, où laideur et beauté se côtoient.

Les enfants de Philippe Vandenberg, Guillaume, Hélène et Mo (de gauche à droite), dans son atelier de Molenbeek, Bruxelles, 2016. © Joke Floreal
Les enfants de Philippe Vandenberg, Guillaume, Hélène et Mo (de gauche à droite), dans son atelier de Molenbeek, Bruxelles, 2016. © Joke Floreal

La Philippe Vandenberg Foundation

Après la mort de leur père en 2009, les trois enfants de Philippe Vandenberg créent la Philippe Vandenberg Foundation. À travers une exploration critique de son œuvre, la fondation gère l’héritage et l’atelier de l’artiste et soutient l’évaluation critique et historique de son œuvre. Elle met son expertise au service d’expositions et de publications et favorise ainsi une nouvelle lecture de son art. Son atelier molenbeekois, où étudiants en arts, commissaires, chercheurs et artistes se rencontrent, reste une source constante d’inspiration. Il est toujours possible de le visiter sur réservation. Pour l’exposition Philippe Vandenberg. Molenbeek.  BOZAR a travaillé en étroite coopération avec la Fondation. Venez découvrir ses années molenbeekoises jusqu’au 3 janvier 2021 !

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