Hotel Beethoven Wien © Holidaycheck
RADAR

HOTEL BEETHOVEN : UN THÉÂTRE DU MONDE

Avec une grande exposition, de nombreux concerts et une série de conférences et d'événements littéraires, Beethoven, dont c'est le 250e anniversaire de la naissance cette année, sera résolument au centre de l'attention du BOZAR cet automne. Cette icône en constante évolution fait également l'objet de six interprétations visuelles radicalement contemporaines par des artistes du monde entier. La série de courts métrages débutera par un événement en direct le 29 septembre 2020.

Contrairement à l'image de l'artiste solitaire, condamné à la réclusion par la surdité fatale qui l'a frappé au milieu de sa vie, Beethoven « était au centre de la société, déterminé et désireux de se battre », comme l'a récemment déclaré le pianiste Igor Levit. Il ajoute que la musique de Beethoven est probablement la plus belle illustration de la musique comprise comme « emotionaler Zustandbeschreiber » (« un support décrivant le monde au travers des émotions »).

À juste titre, le philosophe allemand T.W. Adorno a qualifié la musique de Beethoven de « théâtre du monde », en insistant sur le fait que c'est à travers ses œuvres – et donc la puissance émotionnelle de l'écoute – que les idées de Beethoven étaient le mieux comprises.

BOZAR invite les artistes à explorer ce que Beethoven signifie aujourd'hui, l'importance et la pertinence de ses idées et de sa musique pour le XXIe siècle. L'universalité étonnante et durable du compositeur est illustrée par le large éventail des nationalités des artistes qui ont répondu à l'appel : ils sont venus d'Égypte, d'Albanie, du Vietnam, d'Autriche, de Russie et de la République tchèque. Venez visionner gratuitement leurs courts métrages dans notre Hall Horta à partir du 13 octobre 2020 dans le cadre de l'exposition HOTEL BEETHOVEN.

Opus 2020, Variations in Bo-zar, 2020 (10')
Dominik Nostitz-Rieneck (Autriche, né en 1973)
Streaming en direct, le 29.09.2020 à 20:15

Opus2020 explore un lieu plein d'opinions, de souvenirs et de rencontres autour du personnage de Beethoven sous la forme d'un livestream de 90 minutes depuis les différentes chambres de l'Hotel Beethoven Vienna. Les hôtels sont des lieux de passage où se rencontrent le public et le privé. Chaque chambre de l'Hotel Beethoven Vienna révèle des histoires personnelles autour du vaste héritage public de Beethoven, offrant des moments privés avec des personnalités du monde culturel viennois. À travers des conversations et des expériences sonores, nous découvrons l'importance de Beethoven au XXIe siècle et nous nous interrogeons sur son influence durable sur l'art et la culture d'aujourd'hui. Le titre « Variations » évoque les nombreuses possibilités et façons de découvrir Beethoven et son œuvre.

Second Movement, Birds Watching © Rania Atef
Second Movement, Birds Watching © Rania Atef

Second Movement: Birds watching, 2020 (5')
Rania Atef (Égypte, né en 1988)

Second Movement: Birds watching réunit la musique classique occidentale de Beethoven et le mahraganat, un type de musique populaire mêlant techno et folk, qui a été interdit parce qu'il « dégradait le goût du public ». Le film s'interroge sur le rôle des chaînes médiatiques et des syndicats des médias dans leur lutte pour étendre leur influence et imposer leur contrôle. La musique issue des classes sociales marginalisées et pauvres, avec sa propre danse performative, a réussi à surmonter la censure pour trouver son public. La vidéo montre des images d'archives qui présentent deux récits ; l'un représente l'état de fusion entre Beethoven et le mahraganat et l'autre est le récit des autorités officielles.

DJ © Alzbeta Bacikova
DJ © Alzbeta Bacikova

DJ, 2020 (10’)
Alžběta BAČÍKOVÁ (République tchèque, née en 1988)

Dans DJ, tourné dans une boîte de nuit sombre, Mac Henzel interprète des extraits de son autobiographie Fuchsia, en réfléchissant à son passage de Prague à Londres. Mac, dont l'identité est définie par son appartenance à deux minorités – les sourds et les homosexuels –, tente de trouver un emploi, de l'amour et une vie pleine de sens dans laquelle sa créativité et son talent peuvent s'épanouir. Comme la langue des signes tchèque est sa langue maternelle, le fait qu'il ait déménagé dans un pays étranger signifie qu'il a été immédiatement confronté à des situations dans lesquelles la compréhension s'est avérée vraiment compliquée. L'histoire de Mac nous donne une idée de la façon dont il parvient à se déplacer dans un monde où le son est important si l'on veut comprendre correctement la réalité, mais aussi dans un monde où l'imagination peut parfois nous offrir d'autres perspectives qui peuvent être plus joyeuses. Il se souvient de situations chargées d'émotion, comme lorsqu'il traîne avec d'autres amis sourds qui dansent à une fête, ou qu'il perçoit le bruit de la mer.

Sound of Nothing © Edit Pula(j)
Sound of Nothing © Edit Pula(j)

The Sound of Nothing, 2020 (8’)
Edit PULA(J) (Albanie, née en 1974) et Klod DEDJA (Albanie, né en 1976)

Prenant comme point de départ la surdité de Beethoven et le sentiment d'isolement qui en découle, Edit Pula(j) associe le bruit des acouphènes à l'isopolyphonie traditionnelle, qui fait partie de la musique folklorique albanaise et invite le compositeur Fatos Qerimaj à l'intégrer dans une symphonie de Beethoven. Isolé physiquement, l'interprète (et sosie actuel de Beethoven) Klod Dedja est emprisonné dans une boîte blanche à l'intérieur d'un bunker anti-nucléaire construit par le gouvernement communiste albanais de l'époque. Dans une tentative visant à connecter l'individu à la société, les voix d'un chœur inexistant s'infiltrent dans les tunnels, tandis que Dedja découpe les côtés de sa boîte isolante à l’aide d’un rasoir – des mouvements qui évoquent la direction d'orchestre et qui sont accompagnés d'une poésie visuelle qui rappelle Luciano Fontana.

The Joy of Brotherhood © Antonina Beaver
The Joy of Brotherhood © Antonina Beaver

The Joy of Brotherhood, 2020 (10’)
Genda FLUID (Russie, née en 1989), Alexander OBRAZUMOV (Russie, né en 1981) et Arnold VEBER (Russie, né en 1991)

La Symphonie n° 9 en ré mineur, op.125 est la dernière symphonie complète de Beethoven et sans aucun doute l'une des plus grandes réalisations de l'histoire de la musique occidentale. Elle a également donné naissance à « la malédiction de la 9e symphonie » : tout compositeur postérieur à Beethoven  qui achève une 9e symphonie mourra juste après. Les auteurs du projet The Joy of Brotherhood supposent que la malédiction est plus probablement liée au texte de Friedrich Schiller Ode an die Freude (« Hymne à la joie ») utilisé par Beethoven dans le 4e mouvement final. Friedrich Schiller a écrit ce poème en 1785 comme une « célébration de la fraternité des hommes » mais l'a rejeté plus tard dans sa vie, le qualifiant de « mauvais goût typique de l'époque ». 2020 a vu se soulever une vague de protestations contre la « fraternité » masculine dominante qui n'a cessé de croître au fil de ces derniers siècles. Joy of Brotherhood pose la question suivante : pourrons-nous jamais vaincre cette malédiction séculaire ?

Eroica 2020 © Viet Nguyen
Eroica 2020 © Viet Nguyen

Eroica 2020, 2020 (11’)
Nguyễn Lê Hoàng Việt (Vietnam, né en 1991)

Cette année a été extraordinaire : elle a vu des êtres humains devenir prisonniers de leur intérieur et l'imposition d'une distanciation physique définie entre les personnes en public. Le réalisateur vietnamien Nguyễn Lê Hoàng Việt se tourne vers la musique de Beethoven et se demande si elle peut nous ouvrir une fenêtre pour nous permettre de nous échapper des quatre murs noirs qui nous entourent. Comment peut-elle nous amener vers le monde extérieur ? Ces images sont la preuve des vies que nous avons vécues, que nous vivons et que nous continuerons à vivre lorsque cette pandémie sera terminée.

 

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