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4 quatuors à cordes à voir absolument

Deux violons, un alto et un violoncelle – tels sont les instruments qui constituent le quatuor à cordes. Depuis Haydn, le père du genre, tous les grands compositeurs se sont essayés au quatuor à cordes, considéré comme « le plus abouti ».

Au XIXe siècle déjà, Goethe le comparait à une conversation entre quatre personnes civilisées. Il est vrai qu’il s’apparente par moment beaucoup à un débat : les musiciens peuvent œuvrer en harmonie, et se livrer un peu plus tard à une confrontation rythmique, avant d’aboutir, en finale, à un compromis tout en mélodie. Quel quatuor choisir en fonction de vos goûts ? Bozar vous livre quelques conseils.   

1) Sofia Gubaidulina : si l’avant-garde ne vous fait pas peur 

Cette saison, la compositrice russe Sofia Gubaidulina souffle ses 90 bougies. Une excellente raison, pour le Minguet Quartett, de mettre cette artiste à l’honneur en interprétant son Quatuor à cordes n°1 (1971). Cette pièce de 20 minutes met en musique et en scène l’« impossible cohérence ». Si les instrumentistes sont encore en dialogue dans les premières mesures, ils ne tardent pas à s’affronter systématiquement à tous les niveaux : harmonies, rythmes, timbre, dynamiques, etc. Les instrumentistes finissent par être complètement déboussolés, ce que Gubaidulina traduit visuellement en les faisant circuler d’un coin à l’autre de la scène. Les musiciens ne se concentrent plus que sur leur propre histoire, se moquant de ce que peuvent faire les autres. 

2) Anton Webern : pour les amoureux du romantisme

Le nom d’Anton Webern pourrait d’emblée évoquer pour vous le représentant du modernisme qui a été une source d’inspiration majeure pour les compositeurs d’avant-garde de l’après-Guerre. Son Langsamer Satz est pourtant un long mouvement romantique, dans lequel il exprime son amour pour Wilhelmine Mörtl, une séduisante dame dont il tomba éperdument amoureux après une promenade. Dans son journal intime, il évoque cette rencontre en ces termes : « Notre amour s’élève vers des sphères infinies, allant jusqu’à remplir l’univers ». Les tourtereaux auraient dû convoler en justes noces en 1911, mais les choses ne furent pas si simples, car Mörtl était la nièce de Webern ! Mais comme toujours, l’amour triompha de tous les obstacles et le mariage put finalement avoir lieu en 1915, le couple ayant déjà quatre enfants. 

3) Leoš Janáček : pour les amoureux de littérature

La face sombre de l’amour s’exprime dans la superbe Kreutzersonate de Leoš Janáček. Les amateurs du genre apprécient déjà depuis longtemps la tension dramatique des opéras du compositeur tchèque, comme Jenůfa, The Makropulos Affair ou encore Káťa Kabanová.  Mais ses quatuors à cordes gagnent eux aussi à être découverts. Dans sa Kreutzersonate, il prend pour point de départ le roman éponyme de Tolstoï, dans lequel Pozdnychev évoque son mariage malheureux. Janáček ne met pas ce récit en musique, il dépeint musicalement les émotions très contrastées des protagonistes : désir, colère, déception et frustration.   

4) Philipp Glass : pour les amateurs de toute nouvelle musique 

Le quatuor à cordes est toujours bien vivant. À Bozar, le Quatuor Tana interprète le tout nouveau quatuor de Philip Glass (!) en première mondiale. Partout dans le monde, le public semble ne pas se lasser des structures mélodiques et répétitives récurrentes qui sont la marque de fabrique du musicien minimaliste américain.