Comment s'est déroulé le processus de création d'After Us ?
Dimitri Sterkens : « Pour After Us, le Belgian National Orchestra m'a laissé une immense liberté créative. J'ai d'abord pu participer à l'élaboration du programme et proposer des œuvres qui me semblaient résonner avec le thème des déchets radioactifs. Dans une production cinématographique classique, la musique n'est ajoutée qu'en salle de montage, mais pour ce projet, c'était exactement l'inverse : la musique était là en premier, et les images en sont nées. »
Comment fait-on un film sur de grandes notions telles que le temps, l'héritage et le soin du vivant ?
Sterkens : « En veillant à ce que le film ne devienne jamais trop concret dans son ensemble. Chaque fois que je réalise un film, je me pose la question : « Comment raconter cette histoire de la manière la plus universelle et intemporelle possible, pour que les gens, quelle que soit leur culture, en comprennent le message ? » Et pour moi, une chose reste toujours certaine : il faut montrer la perspective humaine. Les gens et leurs émotions. »
Le choix de le laisser délibérément flotter entre l'abstrait et le concret fait qu'en tant que spectateur·ice, on continue de réfléchir, pendant le film et après.
Quelle composition de ce programme vous a posé le plus grand défi, et pourquoi ?
Sterkens : « Je dois dire que je me suis vraiment cassé les dents sur Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima de Penderecki. Cette musique respire l'horreur pure, la catastrophe et la dévastation. Le plus fascinant, c'est que Penderecki n'a pas du tout écrit cette pièce à propos d'Hiroshima : elle est née comme une expérience sonore abstraite, intitulée à l'origine d'après sa simple durée — « 8'37 ». Ce n'est qu'en l'entendant pour la première fois en concert qu'il a été submergé par sa charge émotionnelle et qu'il l'a dédiée aux victimes d'Hiroshima. C'est précisément cela qui m'a saisi : l'horreur était déjà dans le son, avant même qu'on y associe un nom ou un événement. Pendant plus de huit minutes, l'auditeur·ice doit parvenir à se frayer un chemin à travers tout cela. Mais quelles images y ajouter pour le spectateur et la spectatrice ? Pour les autres pièces, ces réponses se sont imposées plus rapidement. Dans November de Max Richter, notamment, j'ai immédiatement entendu la preuve du lien qui unit les générations. »
En quoi ce sujet vous touche-t-il personnellement ?
Sterkens : « La naissance de ma petite fille adorée, au début de cette année, a radicalement changé mon regard sur le monde. En mettant au monde une nouvelle génération, je me sens désormais d'autant plus responsable de bâtir un avenir fertile pour ma fille. La transmission de nos connaissances sur le monde — et, dans ce cas précis, sur les déchets radioactifs — y joue un rôle capital. À une époque aussi agitée que la nôtre, marquée par les fake news et l'obscurantisme du savoir, nous devons montrer que nous traitons avec soin les idées et les informations que nous transmettons. »
Qu'espérez-vous que le public emporte avec lui à l'issue du film ?
Sterkens : « Ma mission est accomplie lorsque le film connaît une deuxième vie. Qu'il ne s'arrête pas avec le concert et que le public continue de réfléchir au film et aux thèmes qu'il aborde. J'espère en tout cas que les gens rentreront chez eux avec un sentiment de connexion. Avec la nature et entre eux. Alors, prenez-vous bien dans les bras après la représentation. Et prenez soin les un·es des autres et de ce qui vous entoure. »