Sa création se déroule en effet entièrement en réalité virtuelle. Munis de lunettes VR, le public pénètre un par un dans l’histoire de van der Aa. À vous de trouver votre chemin, guidé dans ce monde de bits par les avatars des chanteuses de l’ensemble vocal Sjaella.
From Dust s’apparente à un chapitre sorti tout droit de l’imagination d'auteur·ices de science-fiction tels que Philip K. Dick ou Neal Stephenson, ou à une idée issue des réflexions métaverses de Mark Zuckerberg. Pourtant, la principale référence de van der Aa ne se trouve pas dans le domaine futuriste. Il voit surtout un lien avec Le Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa.
« L’auteur y décrit à quel point il aime s’asseoir à une fenêtre et regarder le monde défiler. Je pense que c’est ce que nous faisons constamment aujourd’hui. Seulement, notre fenêtre ne donne pas sur le monde extérieur, mais sur une sorte de seconde réalité sur nos écrans. Selon moi, cette fenêtre est déformante. En travaillant en réalité virtuelle, je supprime délibérément cette sécurité. La distance s’estompe. Vous vous trouvez parmi les chanteurs. Six paires d’yeux – même s’il s’agit d’yeux numériques – qui vous fixent, cela a quelque chose de profondément théâtral et d’intime. »
L’être humain au centre
En travaillant en réalité virtuelle, van der Aa crée des expériences qui seraient impossibles dans la réalité. Il appelle cela l’irréalité. Il ne s’intéresse guère à l’imitation d’une réalité existante. Il s’agit plutôt d’exploiter pleinement le potentiel de ces nouvelles technologies.
Le fait que le public puisse influencer le déroulement de l’histoire et sa place dans celle-ci est également un avantage. « Cela m’intéresse énormément », explique le compositeur. « J’ai certes écrit les grandes lignes directrices de la musique et défini les chemins les plus importants, mais c’est à l’auditeur de les parcourir physiquement. Le simple fait de devoir bouger de place dans ce monde d’une manière différente.
Je transforme l’auditeur en protagoniste de l’œuvre, ce qui permet de raconter une histoire d’un tout autre genre. Je n’ai rien contre le rituel de l’opéra, mais ici, la perspective change selon la paire d’oreilles qui l’écoute. L’être humain est placé au centre de l’attention. »
Cette approche caractérise parfaitement le compositeur. Depuis le début de sa carrière, van der Aa place les interprètes humains dans un champ de tension avec des éléments électroniques, mais il recherche toujours l’humanisme dans notre rapport à la technologie. Il n’est jamais ouvertement utopique ou dystopique, mais utilise la haute technologie pour raconter des histoires très personnelles.
Van der Aa n’ignore toutefois pas les grandes questions qui entourent ce type de technologies révolutionnaires. « Nous devons rester très critiques face au fait que des maisons de disques signent des contrats avec des artistes IA ou que des applications telles que ChatGPT soient entraînées sur base d’images d’artistes. Il est vrai que ces entreprises et ces technologies ne rendent pas le monde très agréable à vivre actuellement, mais je rencontre suffisamment de personnes qui continuent à me donner espoir. »