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Russian Turn : acte I

Trois spécialistes russes des relations entre les institutions artistiques et leurs publics ont récemment été accueillies par leurs homologues belges dans le cadre de Russian Turn, une plateforme d’échanges et de collaborations culturels euro-russes. Ce voyage d’étude d’une semaine particulièrement riche leur a permis de découvrir comment les institutions culturelles de notre pays s’inscrivent dans leur écosystème et nouent des relations durables avec les artistes, le public et les communautés locales.

C’était à la mi-novembre. Elizaveta Kukushkina, du Musée d’histoire de Saint-Pétersbourg, Daria Malikova de la Biennale industrielle d’Ekaterinbourg, et Elizaveta Ordinarzeva, du Musée de l’art non-conformiste de Saint-Pétersbourg, foulaient le sol de la Belgique. L’objectif ? Une semaine d’immersion dans le secteur des arts, au contact de quelques-unes de nos institutions culturelles pour comprendre comment elles sont parvenues à créer des relations suivies avec leur environnement sociétal. Encadrée par leurs homologues belges, la curatrice free-lance Sonia Dermience, Daria Bocharnikova et Tine Van Goethem, deux spécialistes de Bozar, la délégation russe a ainsi sillonné notre pays et rencontré les principaux responsables de diverses institutions culturelles et artistiques du Royaume.

 

 

Cette semaine d’étude s’inscrivait dans un cadre plus large d’échanges euro-russes, Russian Turn, destiné à promouvoir le dialogue entre la Russie et l'Europe, en utilisant l'art et la culture pour (re)connecter l'Est et l'Ouest. Créé en 2017, ce programme exceptionnel, qui vise notamment à renforcer les partenariats entre les professionnels travaillant dans les musées ou centres culturels d’Europe et de Russie, avait pour thème cet automne « The art of community building » et a permis à nos visiteuses d’approcher une variété d’organisations belges. Avec une question centrale : quelle médiation contemporaine peut offrir un organisme culturel pour mettre en relation l’objet d’art, l’artiste et le public ?

Les trois invitées ont ainsi pu découvrir un panorama d’approches qui a non seulement montré la richesse du paysage socio-culturel belge, mais qui reflète également la variété d’un secteur en train de réinventer de nouvelles formes d’interactions et de co-créations entre les artistes, les institutions, les communautés locales et les différents publics. Comme à Bruxelles, où les expertes russes ont rencontré des responsables d’institutions culturelles classiques telles que Bozar, Kunstenpunt / Flanders Arts Institute, KANAL-Centre Pompidou, le WIELS ou la Maison d’Erasme, mais aussi d’institutions participatives comme ZINNEMA, Komplot ou Recyclart, qui développent des projets présentés à l’initiative des artistes et des citoyens. Elles ont également pu profiter des réflexions et des pratiques d’autres institutions et collectifs basés à Gand, Anvers et Liège.

Après une semaine bien remplie, elles sont retournées en Russie en conservant quelques idées mémorables de leur séjour. Peut-être se rappelleront-elles par exemple la réflexion du commissaire d’exposition Samuel Saelemakers (en charge de la collection d’art de la ville d’Anvers) qui, durant leur visite, souligna l’importance d’investir l’espace public pour créer du lien entre l’art et la population, insistant sur la nécessité de questionner le rôle contemporain des monuments, le choix des personnages mis en valeur par la ville et notre relation actuelle avec les œuvres du passé. Peut-être se souviendront-elles des réflexions de Danielle van Zuijlen, curatrice du Kunsthal de Gand, qui questionna les modalités de production et d’exposition de l’art et partagea son expérience d’Endless Exhibition. Peut-être ont-elles emporté avec elles les expériences et pratiques que Bozar a mises en place en invitant les jeunes à exprimer artistiquement leurs préoccupations sociétales à travers Next Generation Please!, ou les concerts animés pour les plus jeunes. Elles en discuteront certainement avec leurs partenaires belges de Russian Turn, qui pourront découvrir à leur tour l’écosystème de l’art en Russie en juin prochain, lorsqu’ils seront accueillis par leurs hôtes russes pour une immersion analogue.