Publié le - Lotte Poté

Who’s that girl ?

Simonetta Vespucci : bien plus que « la muse de »

La Jolene de Dolly Parton était si irrésistible qu’elle bouleversa une histoire d’amour. La beauté d’Hélène de Troie mit mille navires en route. À travers l’histoire et les cultures, surgissent sans cesse des femmes admirées, désirées et enviées pour leur apparence. La Renaissance eut, elle aussi, sa figure emblématique. Derrière les visages angéliques peints par Sandro Botticelli ne se cache pas une déesse, mais une femme de chair et de sang : Simonetta Vespucci.

Née des flots 

Ou plutôt Simonetta Cattaneo ? C’est sous ce nom qu’elle vit le jour, au sein d’une famille noble probablement originaire de la région de Gênes. Le poète florentin Angelo Poliziano écrivait que sa demeure « s’élevait dans cette rude contrée ligure, au-dessus de la mer, là où le furieux Neptune se brise contre les rochers… Là, telle Vénus, elle naquit des flots ». Nous reviendrons plus tard sur ce parallèle avec Vénus. 

Vers 1469, elle s’installa à Florence avec son époux, Marco Vespucci, parent éloigné de l’explorateur Amerigo Vespucci, dont le nom fut donné au continent américain. Simonetta n’avait alors qu’environ seize ans, mais déjà l’on murmurait qu’elle était la plus belle femme de son temps. Cette renommée venait sans doute de ses boucles blondes lumineuses, de son regard rêveur, de son nez délicat et de ses lèvres pleines. Sa beauté attira artistes, poètes et puissants. Dans une cité où l’art et le pouvoir s’entremêlaient, elle devint un véritable phénomène, admirée, célébrée, et immortalisée. 

Simonetta posa pour plusieurs artistes, dont Sandro Botticelli et Piero di Cosimo, ce dernier la représentant même en Cléopâtre. Des poètes tels que Luigi Pulci et Lorenzo de’ Medici s’en inspirèrent également. Au sein de l’élite florentine, elle était une présence convoitée. Giuliano de’ Medici, frère de Lorenzo, la chérissait et la surnommait « La Sans Pareille ». Pourtant, Botticelli semble avoir été son plus fervent admirateur. 

© Yannick Sas
Comme Vénus 

Pour Sandro Botticelli, Simonetta Vespucci fut plus qu’un modèle : un idéal. Si elle posa réellement pour lui, son rôle changea profondément après sa mort prématurée. Lorsqu’elle s’éteignit à vingt-deux ans, longtemps supposée victime de la tuberculose mais peut-être emportée par une tumeur hypophysaire, elle devint une muse inaccessible. Certain·es chercheur·ses estiment même que des traces de cette affection seraient perceptibles dans les portraits qui lui sont attribués. 

Elle devint ainsi une source d’inspiration transcendante. Son visage réapparaît dans de nombreuses figures féminines de Botticelli. L’exemple le plus célèbre demeure sans doute La Naissance de Vénus (vers 1485), conservé à la Galerie des Offices. On y voit la déesse de l’amour surgir d’un coquillage, symbole de beauté, d’amour et de renaissance. La figure de Vénus dépasse la sensualité humaine pour incarner une pureté quasi divine. 

Selon la tradition, Botticelli se serait inspiré de Simonetta pour cette Vénus, bien qu’il ait achevé l’œuvre près de dix ans après sa mort. Elle ne posait plus alors pour elle-même, mais pour une idée : celle d’une beauté intemporelle et intangible. Les historiens et historiennes de l’art débattent encore de cette identification, mais les ressemblances avec ses portraits demeurent frappantes. 

Inhumée auprès de Botticelli 

L’influence de Simonetta ne se limite pas à une seule œuvre. Dans d’autres tableaux, tels que Le Printemps, ses traits caractéristiques réapparaissent. Elle devint un symbole de beauté féminine, et sa mort précoce lui conféra une aura presque mythique : celle d’une muse trop belle pour ce monde. Toute la ville de Florence aurait porté le deuil pendant un mois. 

Le lien entre Botticelli et sa muse perdura même après leur disparition. La tradition rapporte que le peintre souhaita être enterré à ses pieds. Aujourd’hui encore, il repose à ses côtés dans l’Église Ognissanti. Simonetta Vespucci survit ainsi non seulement dans les récits, mais aussi dans des images qui ont traversé les siècles : non pas un simple visage du passé, mais une incarnation durable de la beauté elle-même. 

L’œuvre présentée dans l’exposition, Portrait allégorique d’une femme, est attribuée à Botticelli. S’agit-il de Simonetta Vespucci ? Le mystère demeure… Venez admirer ce portrait absolument magnifique dans Bellezza e Bruttezza, jusqu’au 14 juin.