Pour Bozar, il crée une nouvelle œuvre, P for Power, qui prolonge sa réflexion entamée avec The Critical Dictionnary of Southeast Asia. À l’heure où la notion même de pouvoir est remise en question – sous l’effet des crises démocratiques globales et des avancées de l’IA –, Ho Tzu Nyen affronte les problématiques politiques et philosophiques les plus pressantes de notre époque.
Deux autres installations de très grand format sont présentées à Bozar et illustrent la vision de l'artiste :
T for Time (2023) est une installation vidéo en temps réel d'une heure dans laquelle Ho examine le temps à la fois comme matière première et comme concept insaisissable. Sur deux écrans qui se chevauchent, des images d'archives modifiées par algorithmes et des images animées dessinées à la main se déroulent en chapitres qui vont de la normalisation mondiale de l'heure à des histoires familiales intimes, accompagnées d'un solo de saxophone diffusé en continu. Plutôt que d'apporter des réponses, l'œuvre soulève une série de questions sur le temps comme prisme permettant de comprendre les différences culturelles en Asie du Sud-Est.
« Parfois, je pense que le véritable médium avec lequel je travaille est le temps lui-même », explique Ho Tzu Nyen. « Après tout, on pourrait dire que les images animées telles que les films et les vidéos ne sont que des tentatives pour donner forme au temps. »
Time Pieces prolonge cette réflexion à travers une installation composée de 43 écrans de tailles et de durées variables. Réunissant des vidéos, des animations, des applications et des modèles numériques, l'installation explore de multiples façons de mesurer et d'imaginer le temps, des boucles éphémères d'une seconde aux cycles de 24 heures, formant une célébration délibérément indisciplinée de l'hétérogénéité du temps.
« Ensemble, les trois œuvres invitent les visiteurs à entrer dans le domaine de prédilection de Ho Tzu Nyen», indique Emma Dumartheray, Curatorial Project Coordinator, « un espace où les idées se relient, se multiplient, s’affrontent et changent constamment. »
Un mapping des identités plurielles de l'Asie du Sud-Est
Imprégnées de multiples références culturelles orientales et occidentales – allant de l’histoire de l’art au théâtre, du cinéma à la musique et à la philosophie – ses œuvres mêlent récits mythiques et faits historiques afin de mobiliser différentes compréhensions de l’histoire, de son écriture et de sa transmission. Le thème central de son œuvre est une recherche au long cours sur la pluralité des identités culturelles en Asie du Sud-Est, une région si riche en langues, religions, cultures et influences qu’il est impossible de la réduire à une simple zone géographique ou à une base historique fondamentale. Cette réflexion sur l’histoire de cette partie du monde se reflète dans ses pièces, qui tissent ensemble divers régimes de savoir, récits et représentations.
Un lien privilégié avec Bruxelles
Bruxelles occupe une place très personnelle dans la vie et la pratique artistique de Ho Tzu Nyen, marquée par des rencontres formatrices. Il s'est rendu pour la première fois dans la capitale à l'invitation de Christophe Slagmuylder et de feu Frie Leysen pour présenter l'un de ses tout premiers projets au Kunstenfestivaldesarts en 2006 [son premier film Utama – Every Name in History is I]. Bruxelles est également indissociable de l'imaginaire de l'enfance de Ho, car c'est la ville natale de Tintin et Milou, des personnages qui incarnent la curiosité, le questionnement et la joie des découvertes.
A propos de l’artiste
Ho Tzu Nyen est né en 1976 à Singapour, où il vit et travaille. Il a été nommé directeur artistique de la 16e Biennale de Gwangju en 2026. Ho Tzu Nyen a remporté le CHANEL Next Prize 2024 et a été primé aux Art Basel Awards 2025 dans la catégorie « Artistes établi·e·s ». et, cette même année, le magazine Art Review l’a classé 5e des 100 personnalités les plus influentes du monde de l’art.
Les expositions actuelles et récentes incluent :
- MUDAM : Time & the Tiger, 14.02.2025 - 24.08.2025
- LUMA Arles : Jour spectral et contes étranges, 05.07.2025 - 11.01.2026
- Neugerriemschneider, Berlin : 2 stories: voids & times, 12.09.2025 - 21.03.2026
- Hamburg Kunsthalle : Time & the Tiger, 21.11.2025 - 12.04.2026
Curatorial Project Coordinator : Emma Dumartheray
Soutien : NextGenerationEU
Biographie de l'artiste
Ho Tzu Nyen
Ho Tzu Nyen est né en 1976 à Singapour, où il vit et travaille.
Ancrée dans l'histoire, la mythologie et les aspirations politiques de l'Asie du Sud-Est, la pratique audiovisuelle aux multiples facettes de Ho Tzu Nyen fusionne récits scénarisés et intelligence artificielle pour créer des environnements qui explorent l'héritage colonial de la région et son esprit de résistance.
Des expositions individuelles de son travail ont été organisées au LUMA, Arles (2025), au Mudam Museum of Modern Art (2025), au Hessel Museum of Art (2024), à l'Art Sonje Center (2024), au Museum of Contemporary Art Tokyo (2024), au Singapore Art Museum (2023), Hammer Museum (2022), Toyota Municipal Museum of Art (2021), Crow Museum of Asian Arts (2021), Yamaguchi Center for Arts and Media [YCAM] (2021), Edith-Russ-Haus for Media Art (Oldenburg, 2019), Kunstverein in Hamburg (2018), Ming Contemporary Art Museum [McaM] (Shanghai, 2018), Asia Art Archive (2017), Guggenheim Bilbao (2015), Mori Art Museum, (2012), The Substation (Singapour, 2003). Il a représenté le pavillon de Singapour à la 54e Biennale de Venise (2011).
Ho Tzu Nyen a été nommé directeur artistique de la 16e Biennale de Gwangju de 2026. Il a également remporté le prix Chanel 2024. Lors des Art Basel Awards 2025, Ho Tzu Nyen a été reconnu comme artiste établi, et, cette même année, le magazine Art Review l’a classé 5e des 100 personnalités les plus influentes du monde de l’art.
Il est représenté par la galerie Kiang Malingue à Hong Kong et New York et par neugerriemschneider à Berlin.