Publié le - Guillaume De Grieve

Ce que nous disent les oliviers

Interview Ramzi Aburedwan

‘Palestine, a Song of the Land' évoque l’attachement à un lieu singulier : une terre habitée, cultivée et transmise. Autour de ce thème, le compositeur palestinien Ramzi Aburedwan construit une soirée où poésie, danse, image et musique entrent en résonance.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le thème ? 

Ramzi Aburedwan : « Pour les Palestiniens, la terre dépasse l'espace géographique ; elle incarne la mémoire, l'histoire et l'identité. Notre relation au territoire est intimement liée à nos ancêtres, aux cycles des saisons et aux paysages d'oliviers. Aujourd'hui, alors que ce lien est menacé, évoquer la terre revient à affirmer notre dignité et notre existence. » 

Pourriez-vous citer un extrait de la poésie utilisée qui illustre ce concept ? 

Aburedwan : « L’un des textes fondateurs du projet est de Mahmoud Darwich : "Nous avons sur cette terre ce qui mérite vie." Cette phrase rappelle que la terre est avant tout un espace de création, d’amour et d’espoir. Le projet s'inspire également de la pensée de Hussein Barghouti, notamment à travers ces images fortes :"Si l’olivier se prolonge dans son huile, la colline, elle, se prolonge dans l’olivier." Enfin, ce magnifique passage transmis par la mère, où la terre devient gardienne de la mémoire et des secrets : “S’il y a un secret que tu as du mal à garder, creuse un trou dans le sol et dépose-le là, puis recouvre-le de terre, enterre-le bien. Il reviendra à toi quand vient le printemps : chaque fleur, chaque herbe qui poussera de ce terreau fera revenir le secret à la surface de la terre, mais personne d’autre que toi ne pourra l’entendre !” » 

En période de guerre et de division, quel est selon vous le rôle de la musique ?  

Aburedwan : « Si la musique ne peut arrêter les guerres, elle préserve notre humanité au cœur de la violence. Elle crée des espaces d’empathie et nous rappelle ce que nous partageons au-delà des frontières. Là où les discours divisent, la musique instaure un dialogue sensible. » 

Il s’agira d’un projet multidisciplinaire. À quoi le public peut-il s’attendre ? 

Aburedwan : « Tout d’abord, il y a un grand ensemble de dix-huit artistes. Les compositions s’entrelacent avec des créations visuelles inspirées des paysages, de la vie quotidienne, de la mémoire collective et de l'espoir en l'avenir. Les différentes formes d'expression se répondent pour interpeller la sensibilité du public. » 

Vous avez grandi dans un camp de réfugiés palestiniens. Imaginiez-vous alors que vos projets seraient présentés partout en Europe ? 

Aburedwan : « Non, au camp d’Al-Amari, les horizons semblaient limités. La musique m’a ouvert des portes inattendues, me permettant de porter les récits de mon peuple à travers le monde. Si ce projet atteint aujourd'hui l'Europe, c'est grâce à la capacité de l'art à franchir les frontières et à bâtir des ponts entre les êtres. »