Publié le - Geluykens Marijn

Accompagner les regards

Rencontre avec Maïka Janssens, une guide de l’exposition Picture Perfect

Que se passe-t-il lorsque l’on découvre une exposition à travers le regard de celle qui l’accompagne au quotidien ? Dans le cadre de « Picture Perfect », Maïka Janssens, guide à Bozar, revient sur son parcours, son métier et les échanges parfois inattendus qui naissent lors des visites. Entre questions de visiteur·euses, découvertes partagées et réflexions autour de la beauté, elle raconte ce qui rend la médiation culturelle si riche.

Marijn Geluykens : Quelle est votre formation et votre spécialisation, et quel type de public accompagnez-vous ? Depuis combien de temps travaillez-vous comme guide à Bozar ? 

Maïka Janssens : J’ai étudié les sciences de l’art et obtenu un diplôme pédagogique à la KU Leuven. J’ai commencé à travailler comme guide dès mes études, et j’ai tout de suite accroché. Aujourd’hui, cela fait onze ans que j’exerce ce métier. J’ai commencé à Bozar en 2017. C’est non seulement un lieu magnifique où travailler, mais aussi un espace extrêmement stimulant : chaque nouvelle exposition est l’occasion de se replonger dans des recherches et d’élargir ses horizons. J’y accompagne des publics très variés : des enfants en visite scolaire, des adultes en apprentissage du néerlandais, mais aussi des personnes très familières du monde de l’art. Et c’est précisément ce qui rend ce métier si riche : un enfant de huit ans peut poser une question qui change complètement mon regard, tout comme une personne adulte peut établir un lien auquel je n’avais pas pensé. 

Qu’est-ce qui rend les visites  à Bozar si particulières pour vous ? Y a-t-il un moment ou une réaction de visiteur·euse qui vous a particulièrement marqué ? 

Peu importe le nombre de fois où cela arrive, c’est toujours un moment magique lorsque des enfants, et surtout des adolescent·es, disent : « Quoi ? On a déjà passé une heure et demie dans l’exposition ? C’est passé si vite ! » À ce moment-là, je sais qu’ils et elles ont vraiment apprécié et qu’ils et elles se sont senti·es à l’aise. Il est essentiel pour moi que les jeunes se sentent bien accueilli·es. C’est aussi le public de demain. 

Pourquoi les visiteur·euses ne devraient-ils pas manquer l’exposition Picture Perfect selon vous ? Qu’est-ce qui la rend particulière, et y a-t-il une œuvre qui vous marque particulièrement ? 

Qu’est-ce que l’image parfaite ? C’est une question à laquelle nous sommes confronté·es à tous les âges et partout dans le monde. Mais qui en définit les codes ? 

Cette exposition m’a amenée à réfléchir aux mécanismes qui influencent notre manière de penser et de regarder ce que serait une image « parfaite ». Elle rassemble une grande diversité d’artistes et de propositions fortes, ce qui permet à chacun·e d’y trouver un point d’entrée personnel. Ce qui me touche particulièrement, ce sont les œuvres de Sandra Lazzarini. Ses photographies sont à la fois douces et puissantes. Les corps qu’elle représente ne correspondent pas aux standards de la perfection. Qu’il y ait des rides, des poils ou des marques du temps, ces corps ont toute leur place. De manière souvent anonyme, elle donne à chaque corps une présence et une dignité. Cela m’inspire une vision très positive pour l’avenir. 

Avez-vous un conseil pour profiter au mieux de l’exposition Picture Perfect ? 

Venez accompagné·e : cela permet d’échanger sur les œuvres et les textes, de confronter les points de vue. Cette exposition invite justement à questionner des idées que nous tenons souvent pour acquises. Et pourquoi ne pas prolonger la discussion après la visite autour d’un verre dans le hall Horta ?