Publié le - Guillaume De Grieve

Du sax à tous les étages !

Aucun instrument ne symbolise autant le jazz que le saxophone. Et pourtant, l’idée de son invention a germé dans l’esprit d’Adolphe Sax bien avant l’apparition de la note bleue. Alors que nous célébrons le 100e anniversaire de John Coltrane, le saxophone est omniprésent à Bozar cette saison, tant au sein d’orchestres symphoniques qu’entre les mains de musiciens de jazz à l’état pur et d’audacieux expérimentateurs. 

Une nouvelle couleur orchestrale 

En 1846, Adolphe Sax, né à Dinant, déposa un brevet pour sa dernière invention : le saxophone. À l’instar du saxhorn, son prédécesseur, cet instrument à vent en cuivre fut adopté par les fanfares militaires, mais également, dans la seconde moitié du XIXe siècle, par les orchestres de rue qui furent à l’origine du jazz,. On pouvait donc s’attendre à ce que les compositeurs « classiques » se laissent eux aussi séduire. Ils avaient d’ailleurs l’embarras du choix, du plus grave au plus aigu : le saxophone basse, le saxophone ténor, le saxophone alto et le saxophone soprano.  

Le compositeur français Hector Berlioz suivait de près les avancées de Sax et louait la sonorité riche, chaleureuse et puissante de ce nouvel instrument. Son Chant sacré pour quintette à vent est l’un des tout premiers exemples de musique classique incluant le saxophone. Beaucoup plus connus sont le solo de saxophone nostalgique composé par Maurice Ravel dans son orchestration des Tableaux d’une exposition (le 24/11 avec le Münchner Philharmoniker) et la fusion somptueuse de George Gershwin (le 14/3 avec Branford Marsalis). Le 26 mars, vous découvrirez même un véritable Concerto pour saxophone avec le Belgian National Orchestra. 

L’ambassadeur du jazz 

Alliant la puissance d’un cuivre et le lyrisme d’un bois, le saxophone fit son apparition dans le jazz dès les années 1910. Bien qu’il ait toujours refusé ce statut, Coleman Hawkins est considéré comme le musicien ayant introduit le saxophone (ténor) comme moyen d’improvisation expressif en osant s’écarter de la mélodie principale. Écoutez donc ses improvisations enjouées sur Body & Soul en 1939. Ce virtuose fut d’ailleurs adulé par ses contemporains : Lester Young, le « président du saxophone ténor », ouvrit la voie au cool jazz avec ses improvisations nonchalantes et douces, tandis que Charlie Parker utilisa le saxophone alto, aux sonorités plus tranchantes et mordantes, pour apporter de la couleur et de la vitesse à la nervosité du bebop. Le saxophone, véritable catalyseur de l’histoire du jazz !  

John Coltrane  

Et puis, bien sûr, n’oublions pas John Coltrane, qui établit de nouvelles références en matière de saxophone ténor et soprano, ce dernier étant alors presque tombé dans l’oubli. Vous reconnaîtrez certainement My Favourite Things, sorti en 1961, où le saxophone soprano fait davantage penser à un instrument arabe qu’à quoi que ce soit d’autre. Cette saison, Bozar célèbre les 100 ans de Coltrane avec une pléiade de saxophonistes. Walter Smith III se plonge avec le pianiste Aaron Parks dans les ballades mélodieuses de Coltrane. Une série d’artistes de premier plan entourera le saxophoniste Joe Lovano lors d’un hommage à Coltrane le 11 novembre. En mars, Ravi Coltrane – le fils de John Coltrane – mettra à l’honneur sa mère, Alice Coltrane. 

Le saxophone, aujourd’hui et demain 

Que ce soit dans le jazz, la musique classique ou la vaste étendue qui les sépare, une jeune génération de musiciens considère le saxophone comme le partenaire incontournable de leurs expérimentations sonores. L’électronique, les harmoniseurs MIDI et les loopers s’avèrent souvent très utiles dans ce contexte. Pensons notamment à Laura Misch, Shabaka, Alabaster Deplume ou encore Sam Gendel. Ce dernier viendra présenter, le 27 novembre, en compagnie du guitariste Sam Wilkes, un mélange intimiste de couches de saxophone distordues, de lignes de basse minimalistes et d’électronique lo-fi. En Belgique, nous suivons Mattias De Craene depuis des années, mais nous avons récemment découvert une nouvelle voix originale en la personne d’Adia Vanheerentals. Le 8 octobre, cette artiste « Klara Twintigers » présentera son dernier album, Taking Place, fruit d’un dialogue avec son environnement dans les lieux les plus insolites : un silo vide, un poulailler ou au bord d’un ruisseau.  

Le 19 juin, alors que notre saison de concerts se prépare à céder la place à l’été, Colin Stetson fera son apparition. Saxophoniste préféré, entre autres, de Bon Iver, Feist et Laurie Anderson, il nous hypnotisera avec des mélodies répétitives au saxophone basse qui, grâce à sa maîtrise de la respiration circulaire, ne s’arrêtent jamais. Après ce set en solo, Bl!ndman interprète l’œuvre phare de Louis Andriessen, Workers Union (1975), écrite exclusivement pour saxophones. 

Découvrez ci-dessous la liste des concerts pensés par et pour le saxophone.