Publié le - Guillaume De Grieve

La contre-voix visuelle de Kentridge

Dès septembre, Bozar fait place à l’immensité du talent de William Kentridge, avec une exposition qui s’inscrit dans le prolongement logique de son œuvre, des performances qui traduisent sa vision, mais aussi des concerts qui portent la marque de l’artiste sud-africain.

Comment réaliser un film destiné à accompagner une symphonie en direct ? Cette question a animé Kentridge lors de la création du film immersif Oh to Believe in Another World, accompagnant la Dixième Symphonie de Dimitri Chostakovitch. « Le film jette un nouveau regard sur les artistes et l’Union soviétique », explique Kentridge, qui revient sur la relation complexe entre Chostakovitch et le régime. Outre Staline et Lénine, on y retrouve également la compositrice Elmira Nazivora, le poète Vladimir Maïakovski et l’actrice Lili Brik sous la forme de marionnettes dans un décor en carton. Celles-ci ont ensuite servi de base aux costumes de Greta Goiris, portés par les interprètes dans le film. Le 18 septembre 2026, le Belgian National Orchestra s'occupera de l'interprétation musicale.

En 1827, Franz Schubert acheva le cycle de lieder Winterreise, dont tant les paroles que la musique parviennent à capturer, aussi délicatement qu’un flocon de neige, l’émotion bouleversante du personnage principal, un voyageur solitaire. Kentridge a agrémenté les 24 lieder d’animations et de collages projetés en direct. L’encre de Chine noire, si caractéristique de son œuvre, donne l’impression d’une effusion du « Weltschmerz » (mal de vivre) évoqué par le cycle. Certains de ses thèmes de prédilection y sont abordés et s’accordent parfaitement avec Schubert : la vie de l’arbre ou du promeneur (solitaire). Le 14 avril 2027, Matthias Goerne, interprète schubertien de renommée mondiale, chante ce cycle empli de désespoir à Bozar.