Reassembling. Reconstruire le monde.
William Kentridge privilégie le collage afin d´assembler des fragments en un nouvel ensemble. Découper et coller : c'était une stratégie chère à l'avant-garde historique. Costumes, masques, danseues et danseurs s'imbriquent les un·es dans les autres pour former des créatures hybrides. Les marionnettes – Lénine, Trotski et Staline, mais aussi Chostakovitch, le poète Maïakovski et l'actrice Brik – se mettent littéralement à danser. Kentridge les a filmées dans son atelier devant un green screen. Les images qui constituent le fil rouge de cette brochure de saison proviennent de ces enregistrements. Nous nous trouvons encore en plein cœur du processus de création, dans l’atelier de l’artiste. Un lieu où l’on peut se retirer seul·e pour dessiner ou écrire, mais aussi pour inviter d’autres personnes et faire de l’art ensemble.
Reassembling. Se rassembler à nouveau. Dans des constellations changeantes.
William Kentridge est notre premier « Grand Invité ». Chaque saison, nous invitons un artiste à contribuer à l’élaboration du programme : à travers une exposition, mais aussi en collaborant avec une nouvelle génération d’artistes. Dans le cas de Kentridge, il s’agit du Centre for the Less Good Idea, un lieu de création à Johannesburg qui place le processus créatif au centre de ses préoccupations. La pratique artistique telle que la conçoit Kentridge se développe à travers des disciplines multiples, des médiums continuellement réinventés, des processus collaboratifs. Souvent, une œuvre d’art commence par une idée claire, jusqu’à ce que des fissures commencent à apparaître. Ce sont précisément ces détours - ces idées qui, à première vue, semblent moins bonnes - qui ouvrent de nouvelles possibilités. La collaboration, l’expérimentation et le jeu donnent naissance à des perspectives inattendues.
Face aux visions du monde fermées que sont la guerre, la propagande et le pouvoir économique, Bozar oppose l’espace ouvert de la musique, des images et des récits. Des « représentations » - au double sens de présentation et de proposition - où la réalité n’est pas figée une fois pour toutes, mais se voit continuellement remise en question. Dans ses sculptures, Rachel Whiteread rend tangible l’espace qui entoure les objets du quotidien - dont l’échelle varie de la maison, de la pièce ou de l’escalier au matelas, à la chaise ou au pot de chambre - et révèle les traces intimes de vies humaines. Le vide et le plein s’intervertissent, l’environnement domestique et familier est rendu inédit et à nouveau explorable. « Tout est tellement saturé que ce que j'essaie de faire, c'est de vider tout cela », dit l’artiste. Vider pour permettre à la recherche de sens d’opérer, pour faire émerger le dialogue, la possibilité de liens.
Cette saison, Bozar consacre un portrait à la compositrice islandaise Anna Thorvaldsdottir en présentant un large éventail de ses œuvres. Composée en 2017, METACOSMOS a confirmé son statut de figure parmi les plus singulières et les plus expressives de la scène musicale actuelle ; cette œuvre est une invitation à « aller au-delà, et à arriver dans un lieu que l’on ne connait pas et sur lequel on n’a aucun contrôle ».
Une maison des arts plurielle est comme un grand collage d’idées et de talents, de regards et de voix. Elle assemble, rassemble et permet des mises en relation fructueuses, des associations libres.
Reassembling. Oser imaginer le monde autrement. Autrement - et, espérons-le, mieux.
« Nous allons mener l’humanité vers le bonheur d’une main de fer ! ». Ce slogan bolchevique cité par Kentridge dans son film souligne le fait que dès qu’une utopie se présente comme réelle et universelle, le revers de la médaille menace de se manifester.
Le désir d’un monde différent, continuer à y croire et en rêver ensemble à voix haute - c’est ce qui fait de nous des êtres humains.
Reassembling.
C’est croire ensemble, avec le « Oh » de l’émerveillement, en un autre monde. Libre, vulnérable et solidaire.
Christophe Slagmuylder, CEO & Directeur Artistique de Bozar