Rebecca Clarke

Publié le - Luc Vermeulen

Rencontrez 6 compositrices et leur musique

Le domaine de la composition musicale est longtemps resté l’apanage des hommes. Pourtant, depuis le XVIe siècle, des compositrices sont parvenues, tant bien que mal, à exercer leur art et à obtenir une reconnaissance. Faites la rencontre de six musiciennes remarquables et apprenez-en plus sur leurs œuvres jouées durant la nouvelle saison de Bozar.

 

1. Rebecca Clarke (1886-1979)

Rebecca Clarke
Rebecca Clarke © Frank Scott Clark, Detroit, 1918

Rebecca Clarke est l’une des compositrices américano-britanniques les plus géniales du début du XXe siècle. Reconnue par ses pairs, elle aura toutefois du mal à faire publier ses œuvres. Au Royal College of Music de Londres, elle devient la première femme à étudier auprès du célèbre compositeur Charles Stanford, qui lui conseille d’apprendre le violon alto. Talentueuse, elle devient l’une des premières musiciennes professionnelles à intégrer un orchestre londonien – le Queen’s Hall Orchestra en 1912.

En 1919, Rebecca Clarke participe – sous anonymat, comme le veut le règlement – au concours de composition du Festival de Berkshire. Le jury retient deux œuvres : la Sonate pour violon alto et piano de Rebecca Clarke et la Suite pour alto et piano d’Ernest Bloch. Le concours n’autorisant qu’un seul vainqueur, c’est finalement la seconde œuvre qui l’emportera. Plus tard, Elizabeth Sprague Coolidge, grande mécène du concours, confiera à Rebecca Clarke : « Vous auriez dû voir leurs visages quand ils ont découvert que c'était l’œuvre d’une femme ! »

   

2. Charlotte Bray (°1982)

Charlotte Bray
Charlotte Bray © DR GR

Également formée au Royal College of Music de Londres, Charlotte Bray est une des compositrices actuelles les plus en vue. Quand on lui demande ce que cela fait d’être une femme compositrice, elle déclare : « C’est une idée abstraite. Ce qui peut aider, c’est de m’imaginer être un homme dans un monde où les femmes occuperaient la liste des grands compositeurs de l’histoire. Je me sentirais alors sous-représenté mais aussi très déterminé. Nous vivons à une époque où nous, les femmes, pouvons enfin faire la différence. »

En 2020, l’European Concert Hall Organisation – dont Bozar fait partie aux côtés d’institutions musicales européennes de premier plan – a commandé une œuvre à Charlotte Bray, spécialement pour la jeune hoboïste Cristina Gómez Godoy. Dans This Other Eden, le hautbois et le piano évoquent musicalement des discours qui se croisent, des voix qui s’élèvent, posant des questions… sans réponses.

 

3. Florence Price (1887-1953)

Florence Price
Florence Price © DR GR

Les femmes ont joué un rôle important dans l’histoire de la musique, pas uniquement comme interprètes ou – plus rarement – compositrices, mais surtout aussi comme pédagogues. C’est le cas de Florence Price, née Smith. Cette musicienne afro-américaine a vu le jour en 1887 - la même année que la pédagogue, cheffe d’orchestre et compositrice française de renom Nadia Boulanger. Discriminée pour son sexe et sa couleur de peau (ses « deux handicaps » comme elle les appelle), elle quitte son Arkansas natal pour s’installer à Chicago, où elle parvient à faire jouer ses œuvres. Elle devient ainsi la première Afro-Américaine à être jouée par les grands orchestres étasuniens.

Florence Price nous a laissé quatre symphonies, deux concertos, de la musique de chambre, pour piano, pour orgue et des pièces vocales. À Bozar, l’orchestre Chineke!, composé exclusivement de musiciens non-blancs, et Jeneba Kanneh-Mason, jeune pianiste issue d’une famille britannique au talent phénoménal, interprèteront ensemble son Concerto in One Movement.

 

4. Élisabeth Jacquet de la Guerre (1665-1729)

Elisabeth Jacquet de la Guerre
François de Troy (1645–1730), Portrait d'Elisabeth Jacquet de la Guerre

Héritière d’une longue dynastie de musiciens, Élisabeth Jacquet de la Guerre est claveciniste virtuose, organiste, improvisatrice, et bien sûr, compositrice.

Progressiste, elle ne se range pas du côté de la tradition conservatrice française, mais s’ouvre à la modernité qui tend à la « réunion des goûts » européens. Elle innove dans la cantate française, siège parmi les premiers compositeurs de sonates et est une des premières compositrices d’opéra-ballet. De son vivant, Élisabeth Jacquet de la Guerre jouit d’un certain succès et compte Louis XIV parmi ses fervents admirateurs.

Sa tragédie lyrique Céphale et Procris (1694) est considérée comme le premier opéra français composé par une femme. L’histoire, tirée des Métamorphoses d’Ovide, traite du drame funeste de deux amants aveuglés par la jalousie. La compositrice lui confère une musique touchante, riche en climats contrastés, sublimant les émotions du mythe.

 

5. Barbara Strozzi (1619-1677)

Barbara Strozzi
Bernardo Strozzi (1581–1644), "The Viola da Gamba Player", portrait of composer Barbara Strozzi

La Vénitienne Barbara Strozzi est considérée comme la première compositrice professionnelle de l’histoire de la musique occidentale. Elle bénéficie d’une riche éducation auprès de son père adoptif, le poète Giulio Strozzi, et du compositeur Francesco Cavalli. Elle fréquente un cercle littéraire et musical influent, publie énormément d’œuvres et surtout – fait rare pour une femme de son époque – elle échappe au mariage et au couvent.

Barbara Strozzi compose un nombre impressionnant de madrigaux, ariette, arie et cantates destinées essentiellement au salon – l’opéra et l’église restant encore l’apanage des musiciens masculins. Ses œuvres témoignent d’une maîtrise totale de l’émotion du texte et de la vocalité des mélodies. Strozzi a marqué son temps et l’histoire de la musique avec ses œuvres lyriques, pénétrantes et très chantantes.

 

6. Graciane Finzi (°1945)

Graciane Finzi
Graciane Finzi © Lorenzo Di Nozzi

Tout comme Charlotte Bray, Graciane Finzi figure au programme de la saison de Bozar avec une œuvre récente, composée en réponse à une commande. L’existence du possible (2022) est une œuvre orchestrale écrite spécialement pour servir d’œuvre imposée au concours annuel de cheffes d’orchestre La Maestra qui se déroule depuis 2019 à la Philharmonie de Paris.

Pour cette œuvre, Graciane Finzi est partie de l’idée du néant et des questions qu’on lui associe. Comment l’univers est-il apparu ? Pourquoi l’existence ? Pourquoi y a-t-il un possible ? Ces questions ont inspiré à la compositrice française cette œuvre colorée, marquée par les sonorités graves et par la construction progressive d’une matière musicale mélodique.

 

Venez écouter les œuvres présentées dans cet article lors des concerts suivants :