Logan Lopez Gonzalez
11 Oct.'26
- 11:00
Henry Le Boeuf Hall
I. Eros
Tobias Hume (ca. 1569-1645)
Fain Would I Change That Note
William Walton (1902-1983)
Fain Would I Change That Note
Henry Lawes (1596-1662)
Have You Seen the Morning Sun
Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
“Silent Noon” (de The House of Life)
Henry Purcell (ca. 1659-1695)
One charming night
II. Thanatos
Anonymus
Waly Waly (arr. Benjamin Britten)
The Salley Gardens (arr. Benjamin Britten)
John Dowland (1563-1628)
Flow my tears
In Darkness Let Me Dwell
Benjamin Britten (1913-1976)
Nocturnal After John Dowland, Op. 70
John Dowland
“Come, Heavy Sleep” (de First Book of Songs)
III. Transfiguration
Peter Warlock (1894-1930)
My own country
Anonymus
The Ash Grove (arr. Benjamin Britten)
Henry Purcell
O solitude, my sweetest choice
John Ireland (1914-1992)
When I Am Dead, My Dearest
Henry Purcell
“They Tell Us That Your Mighty Powers” (de The Indian Queen, Z. 630)
Concert sans pause. Durée : ca. 1h
Songs in the Mirror
La mélodie britannique du XXe siècle trouve un souffle nouveau en renouant avec son âge d’or du XVIIe siècle représenté par John Dowland et Henry Purcell. Cependant, cette relation n’est pas à sens unique : dans un subtil dialogue entre les époques, les thématiques se répondent en miroir : l’amour (souvent malheureux) et la mort, la consolation et le retour au pays, pour n’en citer que quelques-unes. Pour ce concert, elles seront abordées sous trois angles différents, correspondant à trois moments d’une « vie intérieure » : Eros, Thanatos et Transfiguration.
Partie 1 : EROS
Pour ouvrir ce programme, deux compositeurs appartenant à deux époques différentes se répondent en traitant le même poème Fain would I change that note. Le soldat et violiste Tobias Hume (1589-1645) propose un air strophique et dansant, là où William Walton (1902-1983) en fait une mélodie tourmentée, ponctuée par des dissonances et de grands écarts vocaux, illustrant par-là la douleur de l’amour non-partagé.
Dans Have you e’er seen the morning Sun de Henry Lawes (1595-1662), chaque strophe est une nouvelle invitation à l’amour sensuel, seul le sens du toucher n’est pas convoqué. Cette partie s’achève par deux mélodies au caractère pastoral respectivement traitées par Ralph Vaughan-Williams (1872-1958) et par Henry Purcell (1659-1695). Le premier reste fidèle à l’esprit du texte fourni par le peintre et poète Dante Gabriel Rossetti - Silent Noon : ici la phrase musicale épouse parfaitement la rythmique de la versification. Purcell quant à lui intègre One charming night à son semi-opéra The Fairy Queen. Libre adaptation du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, l’air est chanté par Secrecy (Secret), un des serviteurs de Titania, la « fairy queen », afin de la bercer. Le caractère faussement innocent et pastoral de la musique s’oppose aux paroles, plus ambigües. En effet, Secrecy affirme que : “Night (ndlr. Nuit, autre serviteur de Titania) and I improve the taste/ Make pleasure longer last/ A thousand, thousand several ways” …
Partie 2 : THANATOS
La deuxième partie offre à John Dowland (1563-1626) et à Benjamin Britten (1913-1976) un dialogue privilégié. L’influence du premier sur le second est manifeste et a été étudiée de façon approfondie par plusieurs générations de musicologues. En effet, les hommages abondent et le luth de Dowland trouve souvent un écho dans les compositions pour guitare de Britten. Mais ce qui les rapproche le plus est leur goût revendiqué pour la rhétorique et une certaine forme de morbidité mélancolique.
Ainsi, oubli, tristesse et mort ne sont jamais loin : de cette façon, O Waly Waly et The Salley Gardens, deux « folksongs » arrangées par Britten, répondent aux deux « Ayres » de John Dowland. Dans O Waly Waly, aussi connu sous le nom The Water is wide, Britten atténue et assombrit la caractère rassurant des mélodies populaires par un accompagnement d’accords arrivant par vagues, de plus en plus dissonants. Flow my tears, véritable tube de la fin de la Renaissance, abonde de procédés rhétoriques et de figuralismes (imitations par la musique d’un effet poétique) de toutes les sortes : par exemple, rien que la première phrase « flow my tears, flow from your springs » est illustrée par une séquence de quatre notes descendantes évoquant les larmes qui coulent. Pareillement dans In Darkness let me dwell : « … to bar all cheerful light in me », “to bar” s’attarde sur une dissonance à la puissance rhétorique inégalée.
Cette filiation trouve sa plus belle matérialisation dans l’hommage que Britten consacre à Dowland dans sa pièce pour guitare seule Nocturnal. Ici la voix, instrument privilégié de Britten, s’efface; la guitare seule, révèle par un procédé de variation inversée, l’ayre de John Dowland Come heavy sleep.
Partie 3 : TRANSFIGURATION
Ici encore, deux compositeurs se répondent : My own country de Peter Warlock (1894-1930) et The Ash Grove de Britten se ressemblent étrangement, comme si leur origine commune s’était perdue dans la nuit des temps. Le thème, d’inspiration populaire galloise, sert à exprimer dans les deux mélodies la sérénité retrouvée chez soi, en terrain familier. Cette dernière, Britten l’a certainement connue en élisant domicile jusqu’à la fin de ses jours dans le petit village de Aldenburgh, à la fois havre de paix et intense centre d’activité culturelle. Autre refuge, la solitude choisie, célébrée par Henry Purcell, l’autre grande inspiration du passé pour Britten. Dans O Solitude my sweetest choice, Purcell affermit l’aspect rassurant du choix de cette solitude par une « ground bass », une basse dite obstinée, faisant répéter le même motif pas moins de onze fois.
Clôturons ce programme par un dernier dialogue entre John Ireland (1879-1962), qui eut comme élève le jeune Britten, avec encore une fois Purcell. Si la thématique est commune (celle d’accepter sereinement la mort), le traitement, lui, diffère encore. Tout en concision, When I am dead d’Ireland s’attarde néanmoins dans « If thou wilt forget » sur ce dernier mot. Le compositeur y fait le choix d’une cadence « imparfaite » : en choisissant de terminer sa phrase non pas sur l’accord attendu, mais sur son renversement, ce dernier prend l’auditeur par surprise et marque une fin légèrement ouverte. They tell us appartient au semi-opéra inachevé de Purcell, The Indian Queen. L’héroïne énonce son tourment : sauver son amant en renonçant à lui ou affronter joyeusement la mort ? Elle finit par accepter son destin : “There’s joy in my grief and there’s freedom in my chains”.
Timothé Deman
Fain would I change that note — T. HUME & W. WALTON*
Fain would I change that note
To which fond Love hath charm'd me
Long, long to sing by rote,
Fancying that that harm'd me:
Yet when this thought doth come
'Love is the perfect sum Of all delight!'
I have no other choice
Either for pen or voice
To sing or write.
O Love! they wrong thee much
That say thy fruit is bitter,
When thy ripe fruit is such
As nothing can be sweeter.
Fair house of joy and bliss,
Where truest pleasure is,
I do adore thee:
I know thee what thou art,
I serve thee with my heart,
And fall before thee.
Have you seen the morning sun — W. LAWES
Have you e'er seen the Morning Sun
From fair Aurora's bosom run?
Or have you seen on Flora's Bed
The Essences of white and red?
Then you may boast, for you have seen,
My Fairer Chloris, Beauties Queen.
Have you e'er pleas'd your skilful Ears,
With the sweet Musick of the Spheres?
Have you e'er hear'd the Syrens sing,
Or Orpheus play to Hells black King?
If so, be happy and rejoyce,
For thou hast heard my Chloris voice.
Have you e'er smelt what Chymick Skill,
From Rose or Amber doth distill?
Have you been near that sacrifice
The Phoenix makes before she dies?
Then you can tell (I do presume)
My Chloris is the World's Perfume.
Have you e'er tasted what the Bee,
Steals from each fragrant Flower or Tree?
Or did you ever taste that meat,
Which Poets say the Gods did eat?
O then I will no longer doubt
But you have found my Chloris out.
Silent Noon — R. W. VAUGHAN WILLIAMS*
Your hands lie open in the long fresh grass,
The finger-points look through like rosy blooms:
Your eyes smile peace. The pasture gleams and glooms
'Neath billowing skies that scatter and amass.
All round our nest, far as the eye can pass,
Are golden kingcup fields with silver edge
Where the cow-parsley skirts the hawthorn hedge.
'Tis visible silence, still as the hour glass.
Deep in the sunsearched growths the dragon-fly
Hangs like a blue thread loosened from the sky: -
So this winged hour is dropt to us from above.
Oh! clasp we to our hearts, for deathless dower,
This close-companioned inarticulate hour
When twofold silence was the song of love.
One charming night — H. PURCELL
One charming night
Gives more delight
Than a hundred lucky days:
Night and I improve the taste,
Make the pleasure longer last
A thousand, thousand several ways.
O Waly Waly — ANON./ Arr. B. BRITTEN*
The water is wide, I cannot get o’er,
And neither have I wings to fly.
Give me a boat that will carry two,
And both shall row, my love and I.
O, down in the meadows the other day,
A-gath’ring flowers both fine and gay,
A-gath’ring flowers both red and blue,
I little thought what love can do.
I leaned my back up against some oak,
Thinking that he was a trusty tree;
But first he bended and then he broke,
And so did my false love to me.
A ship there is, and she sails the sea,
She’s loaded deep as deep can be,
But not so deep as the love I’m in:
I know not if I sink or swim.
O, love is handsome and love is fine,
And love’s a jewel while it is new,
But when it is old, it groweth cold,
And fades away like morning dew.
The Salley Gardens —ANON./ Arr. B. BRITTEN*
Down by the Salley Gardens my love and I did meet.
She passed the Salley Gardens with little snow-white feet.
She bid me take love easy, as the leaves grow on the tree;
But I, being young and foolish, with her did not agree.
In a field by the river my love and I did stand,
And on my leaning shoulder she laid her snow-white hand.
She bid me take life easy, as the grass grows on the weirs;
But I was young and foolish, and now am full of tears.
Flow my tears — J. DOWLAND
Flow, my tears, fall from your springs!
Exiled for ever, let me mourn;
Where night’s black bird her sad infamy sings,
There let me live forlorn.
Down vain lights, shine you no more!
No nights are dark enough for those
That in despair their lost fortunes deplore.
Light doth but shame disclose.
Never may my woes be relieved,
Since pity is fled;
And tears and sighs and groans my weary days
Of all joys have deprived.
From the highest spire of contentment
My fortune is thrown;
And fear and grief and pain for my deserts
Are my hopes, since hope is gone.
Hark! you shadows that in darkness dwell,
Learn to contemn light.
Happy, happy they that in hell
Feel not the world’s despite.
In darkness let me dwell — J. DOWLAND
In darkness let me dwell, the ground shall sorrow be;
The roof despair to bar all cheerful light from me;
The walls of marble black that moistened still shall weep;
My music hellish jarring sounds to banish friendly sleep.
Thus wedded to my woes, and bedded to my tomb,
O let me living, living die, till death do come.
Nocturnal — B. BRITTEN (instrumentaal)
Come Heavy Sleep — J. DOWLAND/B. BRITTEN
Come, heavy Sleep, the image of true Death,
And close up these my weary weeping eyes,
Whose spring of tears doth stop my vital breath,
And tears my heart with Sorrow’s sigh-swoll’n cries.
Come and possess my tired thought, worn soul,
That living dies, till thou on me be stole.
My own country — P. WARLOCK*
I shall go without companions,
And with nothing in my hand;
I shall pass through many places
That I cannot understand —
Until I come to my own country,
Which is a pleasant land!
The trees that grow in my own country
Are the beech tree and the yew;
Many stand together
And some stand few.
In the month of May in my own country
All the woods are new.
When I get to my own country
I shall lie down and sleep;
I shall watch in the valleys
The long flocks of sheep.
And then I shall dream, for ever and all,
A good dream and deep.
The Ash Grove — ANON./ Arr. B. BRITTEN*
Down yonder green valley where streamlets meander,
When twilight is fading, I pensively rove,
Or at the bright noontide in solitude wander
Amid the dark shades of the lonely Ash-grove.
’Twas there while the blackbird was joyfully singing,
I first met my dear one, the joy of my heart;
Around us for gladness the bluebells were ringing,
Ah! then little thought I how soon we should part.
Still glows the bright sunshine o’er valley and mountain,
Still warbles the blackbird his note from the tree,
Still trembles the moonbeam on streamlet and fountain;
But what are the beauties of nature to me?
With sorrow, deep sorrow, my bosom is laden,
All day I go mourning in search of my love.
Ye echoes, O tell me, where is the sweet maiden?
She sleeps ’neath the green turf down by the Ash-grove.
O Solitude — H. PURCELL
O solitude, my sweetest choice!
Places devoted to the night,
Remote from tumult and from noise,
How ye my restless thoughts delight!
O solitude, my sweetest choice!
O heav’ns! what content is mine
To see these trees, which have appear’d
From the nativity of time,
And which all ages have rever’d,
To look today as fresh and green
As when their beauties first were seen.
O, how agreeable a sight
These hanging mountains do appear,
Which th’ unhappy would invite
To finish all their sorrows here,
When their hard fate makes them endure
Such woes as only death can cure.
O, how I solitude adore!
That element of noblest wit,
Where I have learnt Apollo’s lore,
Without the pains to study it.
For thy sake I in love am grown
With what thy fancy does pursue;
But when I think upon my own,
I hate it for that reason too,
Because it needs must hinder me
From seeing and from serving thee.
O solitude, O how I solitude adore!
When I am dead, my dearest — J. IRELAND*
When I am dead, my dearest,
Sing no sad songs for me;
Plant thou no roses at my head,<
Nor shady cypress tree:
Be the green grass above me
With showers and dewdrops wet;
And if thou wilt, remember,
And if thou wilt, forget.
I shall not see the shadows,
I shall not feel the rain;
I shall not hear the nightingale
Sing on, as if in pain:
And dreaming through the twilight
That doth not rise nor set,
Haply I may remember,
And haply may forget.
They tell us — H. PURCELL (extrait de The Indian Queen, Z. 630)
They tell us that your might powers above
Make perfect your joys and your blessings by love,
Ah! Why do you suffer the blessing that’s there
To give a poor lover such a sad torments here?
Yet though for my passion such grief I endure,
My love shall like yours still be constant and pure.
* Arrangement/trancription par Léa Masson
Logan Lopez Gonzalez
contre-ténor
Le contre-ténor belge Logan Lopez Gonzalez est un artiste polyvalent, aussi à l’aise dans le répertoire baroque que dans le contemporain ou l’opéra. Il est reconnu pour son énergie communicative et pour un timbre à la fois sensible et lumineux. Ses interprétations sont saluées pour leur profondeur et leur intensité : « En ce qui concerne Logan Lopez Gonzalez, aucun éloge n’est trop grand (…) s’appropriant ce répertoire pour la voix de contre-ténor. » (Opera Magazine). Interprète recherché de la musique baroque, Logan collabore régulièrement avec des ensembles tels que Cappella Mediterranea, Le Concert Bourgeois, ou encore l’Orchestre Royal de l’Opéra de Versailles. Parallèlement, il s’investit pleinement dans la création contemporaine, ayant incarné des rôles lors de plusieurs premières mondiales, parmi lesquelles Be My Superstar au LOD Muziektheater, à l’Opera Vlaanderen et au Dutch National Opera ; le rôle-titre dans SOLAR, Icarus Burning à la Monnaie ; le Loup dans The Girl, the Hunter and the Wolf de Vasco Mendonça ; ainsi que OGRES de Simon Voseček au Théâtre National de Prague.
Parmi ses moments marquants précédents figurent ses débuts au Salzburger Osterfestspiele et à l’Opéra de Dijon dans la Passion selon saint Jean de Bach ; le rôle de Gloria dans Gloria e Imeneo de Vivaldi au Théâtre de la Reine à Versailles ; une tournée de concerts dans cinq villes chinoises avec l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles ; le Messie de Händel à la Salle de concert de Namur ; la création de Amour à mort à la Cité Bleue de Genève ; ainsi que des récitals de mélodies en Belgique et en France aux côtés de sa pianiste Stella Marie Lorenz.
Logan s’est formé au Conservatoire Royal de Mons et à la Royal Academy of Music, avant de rejoindre le National Opera Studio du Royaume-Uni, l’Académie de la Monnaie/De Munt, ainsi que le Britten Pears Young Artist Programme.
Léa Masson
guitare & luth
Guitariste, théorbiste et chambriste, Léa Masson est très tôt persuadée de l'importance d'une diversité culturelle et stylistique dans l'approche de l'interprétation musicale. Au cours de ses études de guitare classique au CNSM de Paris elle se passionne pour la musique de chambre, ce qui l'amène à se spécialiser dans cette discipline : en tant qu'interprète, mais aussi en tant que musicologue. C'est ce même intérêt pour la musique d'ensemble qui l'amène à découvrir le théorbe, instrument privilégié pour l'accompagnement de la musique baroque. Après deux années d'option dans la classe d'Eric Bellocq et une spécialisation en basse continue auprès de Frédéric Michel, elle se produit régulièrement en solo et en ensemble avec cet instrument. Elle s'implique aussi dans la création d’œuvres contemporaines et dans leur diffusion, tant en solo qu'en ensemble, dans des formations très variées. Titulaire du Certificat d'Aptitude, elle enseigne la guitare classique et la musique de chambre au CRD Paris-Saclay.
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