Publié le - Lotte Poté

De retour après une (pseudo-)absence

Cinq artistes reviennent à Bozar en 2026

En 2026, Bozar accueillera une série de grands noms qui, à première vue, semblent familiers. Néanmoins, aucun d’entre eux ne peut aujourd’hui encore se promener dans les couloirs du Palais des Beaux-Arts. À travers des expositions, des concerts et des festivals, ces artistes et compositeurs reviennent à titre posthume dans un lieu qui, pour beaucoup d’entre eux, a représenté une source d’inspiration ou un tournant dans leur carrière.

1. John Baldessari : un retour artistique aux sources

Malgré sa nationalité américaine, John Baldessari a d’abord rencontré le succès en Europe avant de le connaître dans son propre pays. Bruxelles a joué un rôle clé à cet égard. Entre 1972 et 1974, l’artiste a présenté trois expositions individuelles à la Galerie MTL, et à partir de 1989, il a régulièrement exposé à la Galerie Meert Rihoux, devenue plus tard la Galerie Greta Meert. Jusqu’à son décès en 2020, il est resté étroitement lié à la scène artistique bruxelloise.

En 1988, le Palais des Beaux-Arts a accueilli l’exposition John Baldessari : Recent Works. Aujourd’hui, vous pouvez encore visiter son exposition Paraboles, fables et autres salades jusqu’au 1 février à Bozar. Pour le curateur David Platzker, il ne fait aucun doute que Baldessari vivrait ce nouveau passage à Bozar comme un véritable retour à la maison, dans une ville qui lui tenait à cœur. 

2 & 3. Nadia et Lili Boulanger : sœurs, pionnières, sources d’inspiration

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Bozar rend hommage à Nadia Boulanger, figure emblématique de l’histoire de la musique. En tant que pédagogue, pianiste et chef d’orchestre, elle a marqué de manière indélébile la musique du XXe siècle. Sa jeune sœur Lili Boulanger sera également au programme. Malgré une santé fragile et un décès prématuré à l’âge de 24 ans, Lili a laissé derrière elle une œuvre impressionnante. En 1913, elle fut la première femme à remporter le Prix de Rome. Un ambitieux concert d’orgue avec le Belgian National Orchestra et un récital intime avec Lucile Richardot et Anne de Fornel lui rendront un riche hommage à Bozar le 8 mars 2026.

Le Palais des Beaux-Arts occupe une place particulière dans cette histoire, comme en témoigne l’année 1970, où l’œuvre de Lili Boulanger avait déjà été commémorée par une exposition et un concert au Palais, sous la direction de nulle autre que Nadia Boulanger elle-même.

4. Béla Bartók : toujours à proximité

Sur la place d’Espagne, à deux pas de Bozar, se dresse une statue de Béla Bartók. On ignore toutefois si le compositeur hongrois a un jour franchi la porte du Palais des Beaux-Arts. Lors de l’inauguration de la Salle M de musique de chambre, le 19 novembre 1928, sa Première Sonate pour violon et piano figurait au programme, une présence donc plutôt symbolique.

Durant les années suivantes, Bartók a séjourné de plus en plus souvent à Bruxelles, notamment suite à la montée du fascisme ailleurs en Europe. Près de cent ans plus tard, la Salle M rénovée rouvre ses portes et Bartók est à l’honneur lors du Festival Bartók. Le Belgian National Orchestra, Áron Horváth et Ictus, entre autres, y mettent en lumière toutes les facettes de son œuvre.

5. Luc Brewaeys : grand retour après 22 ans

En 2026, le Klarafestival rend hommage au compositeur belge Luc Brewaeys, décédé en 2015. De 2003 à 2004, il a été compositeur en résidence à Bozar et l’une des figures centrales d’Ars Musica. Plus de deux décennies plus tard, sa musique est de retour au Palais.

Brewaeys était connu pour son langage musical sans compromis, ce qui s’est notamment vérifié en 2011, lorsqu’il a composé l’œuvre imposée au Concours Reine Élisabeth de chant. Speechless Song, sur un poème de Shakespeare, a été jugée trop complexe par le jury et n’a pas été retenue dans le programme du concours. L’œuvre a toutefois été interprétée lors du concert de clôture d’Ars Musica par la soprano Laure Delcampe. Malade, Brewaeys n’avait pas pu y assister ce soir-là, une absence qui rend son retour en 2026 d’autant plus significatif.