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On ne disait pas non à Nadia Boulanger 

Sa sœur Lili fut peut-être à l’origine d’un plus grand nombre d’œuvres, mais en tant que pédagogue, organiste et chef d’orchestre, Nadia Boulanger exerça une influence considérable sur la musique du XXe siècle. Le 8 mars, à l’occasion de la a Journée internationale des droits des femmes, nous lui rendons hommage en diffusant ses compositions ainsi que celles de sa sœur, de ses amis et de ses élèves. Découvrez cette Française en quatre points.

  1. Oui, Mademoiselle 

Grâce à une approche pédagogique passionnée et rigoureuse et à une connaissance musicale approfondie, Nadia Boulanger (1887-1979) devint l’une des enseignantes les plus respectées de son époque. Les élèves étaient avides de ses cours publics à l’École normale, qui faisaient ensuite l’objet de discussions dans la presse. Les plus ambitieux voulaient bien sûr suivre des cours particuliers avec « Mademoiselle », le surnom donné à Nadia, qui était célibataire. Avec une diction française parfaite, elle enseignait le contrepoint, l’harmonie et la composition. Le mercredi après-midi, elle réunissait ses élèves – sa « boulangerie » – dans son appartement bondé pour chanter des cantates et faire connaissance avec la crème de la crème de la vie musicale parisienne. Qui sait, on y serrait peut-être la main de Saint-Saëns, Stravinski ou Poulenc.  

  1. Elle était passionnée de musique ancienne 

Alors que la Seconde École de Vienne, avec Schönberg et Berg, prenait brusquement les commandes de l’histoire de la musique, Nadia regardait dans le rétroviseur vers le baroque et la Renaissance. À partir des années 1930, lorsqu'elle commença à diriger plus fréquemment, la musique ancienne figurait invariablement à son répertoire. Grâce notamment à ses débuts avec l’Orchestre Philharmonique de Paris, le public redécouvrit Bach, Monteverdi et Schütz

  1. Le monde entier voulait suivre ses cours 

Qu’ont en commun Astor Piazzolla, Aaron Copland et Philip Glass ? Tous ont suivi les cours de Nadia. Ses élèves venaient en effet des quatre coins du monde. Elle enseignait à l’université d’été de Fontainebleau et, en 1925, comptait déjà plus de 100 protégés américains, qu’elle invitait également à des promenades et à des fêtes étudiantes (vodka inclue). Grâce à ses nombreuses relations et en tant qu’interprète de leurs œuvres, elle contribua à lancer leur carrière. En échange, ses élèves l’aidaient à faire ses courses et à gérer sa correspondance. 

La musique orchestrale du cercle musical de Boulanger sera réunie le 8 mars au sein d’un concert ambitieux. Le BNO jouera Poulenc, Stravinski, Copland et Fauré. Le grand orgue de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule résonnera en direct à Bozar grâce à un tout nouveau réseau de fibre optique. 

« Je ne pense pas que la qualité des cours dépende de l’enseignant. Je pense qu’elle repose en grande partie sur la qualité des élèves. »
- Nadia Boulanger
  1. Elle fit honneur à sa sœur 

En 1918, la jeune compositrice prometteuse Lili Boulanger (voir photo) décéda à l’âge de 24 ans, laissant un vide immense dans le monde musical français. Nadia consacra toute sa vie à diffuser l’héritage musical de sa jeune sœur. Par respect, Nadia ne composa plus aucune note après 1918 et se concentra sur son avenir de pédagogue. Pour elle, Lili était le talent de composition de la famille. Chaque année après la mort de Lili, Nadia organisait une messe pour perpétuer sa mémoire. Le mois suivant, elle mettait sa vie sociale entre parenthèses, observant une période de deuil moratoire. 

Malgré la promesse que Boulanger s’était faite de ne plus composer, vous pourrez entendre le 8 mars Les Heures claires, son magnifique cycle de lieder composé en 1909. Il s’agit de l’une des douze œuvres de la série Echoes of the 20th Century de Bozar. La musicologue et pianiste Anne de Fornel vous fera découvrir en détail les compositions de Boulanger lors d’une conférence-récital.