Longtemps, les liens entre art et beauté ont été étroits. La laideur fait briller davantage la beauté, comme le montrent de nombreuses œuvres remarquables de l’exposition Bellezza e Bruttezza, Beauté et laideur à la Renaissance. L’esthétique n’existant pas encore en tant que discipline, Albrecht Dürer ne pouvait pas expliquer pourquoi il préférait tel ou tel tableau. Ses Quatre Livres sur les proportions humaines ont influencé des générations d’artistes. De Vinci, contemporain de Dürer, créait des visages grotesques en déformant leurs proportions. Les peintres étaient libres de souligner tant la beauté que la laideur.
Dans la musique, la dissonance joua également un rôle important durant la Renaissance. L’ensemble Graindelavoix explore la musique ancienne à la recherche de la beauté brute, tandis qu’aujourd’hui, le beau et le laid interagissent dans le premier roman On Earth We’re Briefly Gorgeous de l’auteur vietnamien-américain Ocean Vuong. La beauté est éphémère. Pour briller, il faut d’abord être vu. C’est surtout par sa mère que Vuong souhaite l’être, sans parvenir à aborder avec elle de nombreux sujets sensibles : son homosexualité, sa consommation de drogue, les traumatismes de la guerre. Il lui écrit donc un roman épistolaire, d’une beauté déchirante, alors qu’elle ne sait pas lire.
À notre époque, ce n’est plus Vénus mais l’industrie de la beauté qui impose des idéaux difficiles à atteindre. Les corps et les images manipulés frôlent l’irréalité des dieux de l’Olympe. Dans Picture Perfect, des artistes s’opposent aux contraintes de la perfection au fil d’un voyage dans le temps (des années 60 à nos jours) et sur plusieurs continents. Ana Mendieta, Cindy Sherman, Pipilotti Rist et Zanele Muholi, entre autres, revendiquent à nouveau le regard (féminin) à travers le prisme de la photographie et de la vidéo.
Emmanuel Kant l’avait compris : la beauté est subjective, mais l’être humain aime partager ce qu’il trouve beau. L’art est une façon de se (faire) reconnaître.